L’Uruguay et le Ghana, qui se disputeront demain un billet pour les demi-finales, ont bâti leur parcours sur un bloc défensif compact et des contre-attaques assassines de leurs attaquants, Diego Forlan d’un côté, Asamoah Gyan de l’autre. Photo AFP
Si l'Argentine et l'Allemagne, qui se retrouveront samedi pour un quart de finale prometteur au Cap, ont proposé un jeu ambitieux et séduisant depuis le début du Mondial sud-africain, l'organisation défensive est à l'inverse la clé du parcours du Brésil.
« Tout n'est que question d'efficacité », assène après chaque match le sélectionneur Dunga, insensible aux critiques, comme celle de l'ancien attaquant Tostao, qui déplore que « le foot brésilien, autrefois admiré dans le monde entier pour ses gestes techniques, son jeu de passe et son pressing offensif (...), ne repose plus aujourd'hui que sur un marquage impitoyable et des contre-attaques ».
Loin de sa tradition de football samba, la Seleçao a ainsi puni un Chili un peu trop joueur en huitième de finale (3-0), comme il l'avait fait avec la Côte d'Ivoire au premier tour (3-1). Il a en revanche affiché un manque évident d'imagination face à des adversaires recroquevillés en défense comme la Corée du Nord et le Portugal.
Les Pays-Bas, futurs adversaires des Brésiliens demain en quart de finale, ont aussi passé plus de temps à contrôler leurs matches qu'à produire du beau jeu, leur marque de fabrique habituelle.
« On joue pour gagner », répète à l'envie le sélectionneur néerlandais Bert van Marwijk, qui compte sur les éclairs de ses stars, Wesley Sneijder contre le Japon au premier tour ou Arjen Robben face à la Slovaquie en huitième de finale, pour débloquer les matches.
La tactique du « bétonnage », dont le Paraguay et le Japon ont usé et abusé dans leur huitième de finale, le seul à s'être achevé sur un score vierge et aux tirs au but, ne marche pas à tous les coups, comme le Portugal en a fait l'expérience mardi contre l'Espagne (0-1). Mais il offre des garanties à toutes les équipes, quel que soit leur potentiel offensif.
Attendre la faute de l'adversaire
L'Allemagne, elle, s'en est donné à cœur joie en huitième de finale contre l'Angleterre (4-1), terrassée par deux fulgurances de Bastian Schweinsteiger et Mesut Özil conclues en l'espace de trois minutes par Thomas Müller, alors que la Mannschaft faisait le dos rond depuis la réduction du score anglaise et le but injustement refusé à Frank Lampard.
Quant aux Paraguayens, qui défieront samedi les champions d'Europe espagnols, ils ont réussi la performance de se hisser en quarts de finale en ne marquant que trois buts depuis le début du tournoi, aucun par leurs attaquants.
Conséquence de cette frilosité généralisée, le Mondial sud-africain affiche la plus faible moyenne de buts inscrits dans l'histoire de la compétition : 2,10 buts par match à l'issue des 48 rencontres du premier tour; 2,20 après des huitièmes de finale un peu plus prolifiques. Le record de médiocrité est jusqu'à présent détenu par le Mondial italien en 1990 (2,21).
« Normalement, les équipes fortes exercent un pressing, mais ici, le Brésil et même l'Allemagne préfèrent reculer un peu et attendre la faute de l'adversaire », résume l'ancien défenseur néerlandais Frank de Boer, désormais assistant de Van Marwijk.
« Ensuite, deux ou trois joueurs peuvent jaillir rapidement, comme Sneijder chez nous à qui on peut toujours donner le ballon. Une passe ratée peut être mortelle et, en particulier avec le Brésil, un ballon perdu au milieu du terrain, c'est presque du suicide. »

