Sur ce croquis, quelques-uns des suspects arrêtés qui ont comparu lundi à New York devant un juge fédéral qui a ordonné leur maintien en détention provisoire. Jane Rosenburg/Reuters
Les autorités américaines avaient annoncé lundi soir un coup de filet contre dix personnes accusées de travailler aux États-Unis pour le compte de la Russie. Ces suspects se disaient être de nationalité américaine, canadienne ou péruvienne, selon les plaintes déposées contre eux et qui ne précisent pas leur nationalité réelle.
Réagissant à ces révélations, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a espéré que cette affaire ne nuirait pas aux relations russo-américaines, en pleine relance. « La police s'est laissée aller chez vous. On met des gens en prison », a-t-il déclaré à l'ancien président américain Bill Clinton, en visite en Russie. Cet épisode digne de la guerre froide intervient quelques jours seulement après une visite, jugée positive, aux États-Unis du président Dmitri Medvedev. De son côté, le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, a demandé des explications et ironisé sur le calendrier de l'annonce des arrestations de dix espions présumés. « Le moment où cela a été fait fut choisi avec une élégance particulière », a-t-il remarqué, d'un ton grinçant. Pour sa part, le Service de renseignement extérieur (SVR), au premier rang des accusés, selon les autorités américaines, s'est refusé à tout commentaire. Le Kremlin n'a pas non plus voulu se prononcer, estimant que seul le chef de l'État était à même de s'exprimer sur un tel sujet.
Des experts russes jugent qu'il s'agit là d'une attaque en règle menée par les milieux conservateurs au sein des services américains pour faire échouer la politique de M. Obama vis-à-vis de la Russie. « Le FBI, à l'origine des arrestations, est un organisme étroitement lié aux milieux conservateurs (américains) pour qui la Russie est un ennemi qui doit être achevé », estime Viktor Kremeniouk, vice-directeur de l'Institut russe des États-Unis et du Canada. Ces analystes considèrent malgré tout que cet imbroglio n'est qu'un soubresaut et ne devrait pas freiner la relance initiée par les présidents Obama et Medvedev. « Je ne pense pas que la Maison-Blanche remanierait sa politique », estime Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs. En soirée, la Maison-Blanche a déclaré que Barack Obama était au courant de l'enquête lorsqu'il a reçu la semaine dernière son homologue russe Dmitri, mais il n'a pas mentionné cette affaire avec lui. La présidence a également affirmé que l'affaire n'aurait pas de conséquences sur le « redémarrage » des relations avec le Kremlin.
À New York, cinq des dix suspects arrêtés aux États-Unis ont comparu devant un juge fédéral qui a ordonné leur maintien en détention provisoire. Soupçonnés de faire partie d'un réseau d'espionnage, et, pour neuf d'entre eux, de blanchiment d'argent, ils risquent des peines comprises entre 5 et 25 ans de prison. Hier, une source policière chypriote a annoncé l'arrestation d'un onzième suspect à l'aéroport de Larnaca, un Canadien dénommé Christopher Robert Metsos, 54 ans. De leur côté, les gouvernements britannique et irlandais ont indiqué enquêter sur le possible usage de faux passeports de ces pays par certaines personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire.
La justice américaine a expliqué que les suspects avaient été formés par le SVR pour s'immerger dans la société afin d'« obtenir des informations » en « infiltrant les cercles politiques américains ». Le démantèlement du réseau est l'aboutissement de dix ans d'enquête du FBI. Les enquêteurs ont découvert un arsenal de moyens de communication, comme une technique de codage de données dans des photos ensuite diffusées sur des sites Internet anodins, ou des radios à ondes courtes pour contacter directement Moscou.


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