Tout est dans ces trois petites phrases, ne trouvez-vous pas ? L'Afghanistan coûte chaque mois entre 6 et 7 milliards de dollars, bien plus que l'Irak. Le palier symbolique d'un millier de morts est déjà dépassé et l'on ne voit pas comment le président américain pourra tenir sa promesse d'un début de retrait d'ici à juillet 2011. Son seul atout, si l'on veut se montrer cynique, est que dans les allées de Washington aussi bien qu'au niveau de la rue, rares sont ceux qui consentent à parler de cet engagement, contrairement à ce qui s'était passé au plus fort de la guerre du Vietnam. Il a fallu le limogeage du charismatique Stanley McChrystal, aussitôt remplacé par le tout aussi brillant David Petraeus, pour que l'opinion publique consente à accorder un brin d'attention, un bref instant, à une situation en constante détérioration.
Hamid Karzaï est convaincu que son allié yankee ne se battra pas jusqu'à la victoire finale. C'est bien pourquoi, ces temps-ci, il lorgne avec insistance vers Islamabad, où l'on a entamé des contacts en vue d'éventuels pourparlers avec les étudiants en théologie. « Une étape utile », a commenté, plutôt vexée, la Maison Blanche, dont on comprend, par ailleurs, le scepticisme. Aux yeux de l'administration démocrate, il est difficile en effet de prendre langue, même indirectement, avec le réseau Haqqani - du nom de ses deux chefs, Jalaluddin Haqqani et son fils Sirajuddin - membre de la coalition qui soutient les talibans et proche d'el-Qaëda. C'est que l'objectif numéro un du Pentagone, ainsi que défini par ses chefs, est le mouvement d'Oussama Ben Laden, qu'il s'agit de « démanteler pour l'empêcher de lancer de nouvelles attaques ». L'Amérique ne saurait oublier que ses opérations militaires ont débuté au lendemain des attentats du 11 septembre et après une guerre civile - ayant succédé au retrait en 1989 de l'Armée rouge - qui a fait plus de 100 000 morts.
Ce spectre hante aujourd'hui les protagonistes du drame afghan, locaux aussi bien qu'étrangers, tant s'élargit la fissure interethnique. Les trois grandes minorités, tadjike, ouzbeke et hazara (près de la moitié de la population), ont combattu jadis la domination talibane. Depuis quelque temps, elles doivent faire face aux exactions du pouvoir central. Il y a peu, Karzaï a pris la décision de confier le ministère de l'Intérieur au Tadjik Bismullah Khan, jusqu'alors chef d'état-major de l'armée et ancien leader de l'Alliance du Nord, une force farouchement hostile aux hommes du mollah Omar. Deux semaines plus tard, un autre membre de l'ethnie, Armullah Saleh, patron des services secrets, était poussé à la démission. Et il y a longtemps qu'Abdullah Abdullah, l'ex-ministre des Affaires étrangères et candidat à la présidence de la République - Tadjik lui aussi - est entré en dissidence politique. Retiré dans sa ferme aux abords de la capitale, il mène une guérilla inlassable contre l'omniprésence pachtoune aux postes-clés de l'État. Son argument : il n'y a pas d'entente possible avec les talibans ; donnez-leur une parcelle d'autorité et ils en voudront tous les jours un peu plus.
Samedi dernier, l'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmes, a entrepris de rassurer les hauts gradés US après le départ de McChrystal. Je comprends votre désarroi, leur a-t-il dit en substance, mais votre ancien boss lui-même vous aurait conseillé de vous concentrer sur votre mission et d'éviter toute controverse. On veut bien croire que les GI ont reçu le message cinq sur cinq. Il est permis d'être moins affirmatif concernant la réaction des chefs militaires des 45 autres pays membres de la coalition.
Une question qui n'a rien à voir avec tout cela : qu'est-il advenu de la chasse à Ben Laden ? « Les dernières
informations un tant soit peu précises dont nous
disposons remontent au
début des années 2000. » Qui a dit cela ? Mais M. Leon Panetta...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef