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Moyen Orient et Monde - Le Point

Stratèges en chambre

Air connu, le « la » ayant été donné par Georges Clemenceau : « La guerre ! C'est une chose trop grave pour la confier à des militaires. » Au fait, pourquoi donc nul n'a jamais affirmé, a contrario : « La politique ! C'est une chose trop grave pour la confier à des civils » ? En somme, et en caricaturant à peine, toute l'affaire Stanley McChrystal se ramène à un conflit vieux comme le monde entre galonnés et pékins, entre ceux qui ont pour mission de gagner et ceux qui ont la prétention de leur dire comment y parvenir. Si l'on ajoute à cela que l'actuel locataire de la Maison-Blanche, tout comme bon nombre de ses prédécesseurs, n'a pas étudié à West Point ce que Sun Tzu considérait jadis comme un art, alors on comprend que le clash puisse se produire.
Ce que, par contre, les Américains trouvent plus difficile à admettre, c'est qu'un général quatre étoiles en vienne, dans le cadre d'une interview au bimensuel Rolling Stone, à critiquer son commandant en chef - titre conféré au chef de l'État par la Constitution -, autorisant ainsi implicitement, ses adjoints à en faire de même, en des termes bien moins amènes. Petit florilège : Jim Jones, un général lui aussi, conseiller de Barack Obama en matière de sécurité nationale, est qualifié de « clown, coincé en 1985 », en pleine guerre froide donc. Quant à l'ambassadeur US à Kaboul, Karl Eikenberry, il est accusé d'avoir insidieusement fait campagne contre l'envoi de 30 000 hommes supplémentaires rien que pour se couvrir en cas d'échec et pouvoir affirmer : « Je vous l'avais bien dit. » Joe Biden ? Vous voulez dire « bite me »... Ce même vice-président avait été accusé peu auparavant de vouloir créer un « chaos istan ». La rencontre dans le bureau Ovale, c'était pour la photo, et « pénible » l'entretien qui l'avait précédée, alors que l'hôte paraissait « mal à l'aise devant l'étalage d'étoiles militaires ».
Tout cela est d'autant plus pénible que survenant quelques heures à peine après le retour inopiné à Londres de l'émissaire spécial britannique dans la région, Sherard Cowper-Coles, ardent critique de la poursuite des affrontements et défenseur d'un dialogue avec les talibans ; après aussi une série de pertes en vies humaines du côté de l'alliance. À Washington pendant ce temps, une enquête est en cours pour déterminer si effectivement des firmes afghanes détournaient à leur profit près de 4 millions de dollars par semaine sur les 2,1 milliards prévus par l'Oncle Sam pour des travaux divers et des munitions, dont une partie finissait dans les poches des « étudiants en théologie » et des seigneurs de l'opium. Mauvais pour le moral des troupes et pour une administration démocrate déjà en mauvaise posture à quatre mois et demi des « midterm elections ».
C'est entendu, aux États-Unis on ne plaisante pas avec le respect dû au président. On peut dauber George W. pour ses atteintes à la syntaxe ou encore se souvenir avec terreur de l'époque où le pays avait à sa tête un homme (Dwight Eisenhower) présent sur les greens de golf beaucoup plus qu'à son bureau ; mais il est interdit de mettre en cause ses décisions, une fois qu'elles sont prises. David Obey - il est des noms prédestinés... -, président de la toute-puissante commission sénatoriale chargée d'approuver l'octroi de fonds, a explicité, en des termes on ne peut plus clairs, l'opinion de ses pairs, qui est aussi celle d'une large fraction de l'opinion publique : « Nous avons une longue liste de généraux imprudents, renégats, n'ayant, semble-t-il, pas compris que leur rôle consistait à appliquer la politique et non pas à la déterminer. »
Fort bien, mais y a-t-il un pilote dans l'avion ? On peut se hasarder à poser la question sans risquer l'opprobre d'une Amérique qui fait corps aujourd'hui avec son président. Il n'empêche, c'est McChrystal, un théoricien hors pair,qui est le concepteur du tournant pris au printemps dernier et qui devait commencer à porter ses fruits. N'oublions pas non plus qu'il avait été appelé à succéder à David McKiernan, « parce que nous avons besoin d'une nouvelle approche », avait-on jugé en haut lieu. Hamid Karzaï voit en lui, comme le soulignait hier son porte-parole Waheed Omar, « le meilleur commandant en chef », ce qui soudainement ne semble plus être l'avis de la rue yankee. On ne voit là rien de bon pour la poursuite des opérations, la cohésion dans les rangs de l'OTAN ou encore la capacité de rebondir d'une armée qui traîne encore dans son profond subconscient le souvenir des années Vietnam.
Il existe des précédents à ce déballage sur la place publique : George McClellan renvoyé chez lui par Abraham Lincoln le 7 novembre 1862, Douglas MacArthur limogé par Harry Truman le 11 avril 1951. Ces deux dates ne sont pas parmi les plus glorieuses de la saga américaine.
Air connu, le « la » ayant été donné par Georges Clemenceau : « La guerre ! C'est une chose trop grave pour la confier à des militaires. » Au fait, pourquoi donc nul n'a jamais affirmé, a contrario : « La politique ! C'est une chose trop grave pour la confier à des civils » ? En somme, et en caricaturant à peine, toute l'affaire Stanley McChrystal se ramène à un conflit vieux comme le monde entre galonnés et pékins, entre ceux qui ont pour mission de gagner et ceux qui ont la prétention de leur dire comment y parvenir. Si l'on ajoute à cela que l'actuel locataire de la Maison-Blanche, tout comme bon nombre de ses prédécesseurs, n'a pas étudié...
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