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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Éprouvés par la sécheresse, des milliers de Syriens migrent vers les villes

Les cultivateurs n'ont plus de revenus ni de quoi se nourrir, le PAM distribue des rations alimentaires à quelque 200 000 personnes.

Hassaké est l’une des régions les plus touchées par la sécheresse dans le nord-est de la Syrie. Le phénomène a fait chuter drastiquement la production agricole, poussant le gouvernement à prendre des mesures d’urgence. Louaï Beshara/AFP

Myassar Darouiche al-Hussein, 22 ans, originaire de Deir ez-Zor, est arrivé à Damas avec sa famille depuis trois mois. Il a trouvé un emploi dans une usine pour moins de 200 dollars par mois. À Deir ez-Zor, le « rendement des récoltes a chuté de 70 % », dit-il. Son frère, resté là-bas, cultive du blé et de la canne à sucre. Des familles entières, éprouvées par la sécheresse qui touche depuis trois ans le nord-est de la Syrie autrefois considéré comme le grenier à blé du pays, sont de plus en plus nombreuses à migrer vers Damas et d'autres zones urbaines à la recherche de travail. Et comme si la sécheresse ne suffisait pas, note Yassar, « le mazout est devenu cher » en raison d'une baisse des subventions gouvernementales aux carburants.
« Deir ez-Zor était une ville verdoyante. Aujourd'hui, elle est désséchée, les champs ressemblent à des déserts, le Khabour (fleuve) est à sec », raconte, sous couvert d'anonymat, un retraité militaire de 50 ans qui vit depuis 33 ans près de Damas. Il se dit « effaré » par le nombre des déplacés qui ont fui leurs conditions précaires pour s'installer aux alentours de Damas et de Der'a. « Si nous ne produisons rien, nous n'avons pas de revenus », explique Shirouane, qui a quitté deux mois auparavant son village natal al-Dirbassiyé (dans le gouvernorat de Qamechli) pour Damas, après la diminution de la production de blé et de coton. Il s'est improvisé chauffeur de taxi.
Selon l'ONU, plus d'un million de personnes ont migré des régions du Nord-Est vers les zones urbaines. Les cultivateurs n'ont plus de revenus ni de quoi se nourrir. En conséquence, le Programme alimentaire mondial (PAM) a commencé début juin la distribution à quelque 200 000 personnes de rations alimentaires (riz, pois chiches, farine, huile) dans les régions les plus touchées : Raqqa, Hassaké et Deir ez-Zor. Des dizaines de milliers de familles doivent bénéficier de ces aides, selon le PAM. « La situation est vraiment mauvaise » dans le nord-est de la Syrie, a affirmé une responsable du PAM, Selly Muzammil. C'est la deuxième fois que des aides alimentaires y sont distribuées conformément à un plan de lutte contre la sécheresse mis en place l'an dernier par les Nations unies.
La production du blé, considérée comme une ressource stratégique en Syrie, est estimée cette année à 2,4 millions de tonnes contre 4,1 millions en 2007. En réaction, le gouvernement a pris des mesures urgentes : aides, rééchelonnement des prêts et exonération d'impôts pour les projets d'investissement. Dans une lettre publiée dans la presse, le gouverneur de Hassaké avait demandé aux autorités le rééchelonnement des prêts accordés aux cultivateurs pour la saison 2009-2010 « en raison de la baisse de 60 % de la production (...) et de la propagation d'une maladie qui touche le blé ». Le vice-Premier ministre pour les Affaires économiques Abdallah Dardari a par ailleurs annoncé samedi le doublement des investissements à Deir ez-Zor, qui atteindront 21 milliards de livres syriennes (420 M USD) pour les cinq prochaines années. M. Dardari a appelé le secteur privé à investir également dans cette région et a annoncé la construction d'un barrage d'un coût d'un milliard d'euros qui irriguera quelque 30 000 hectares.

Roueida MABARDI (AFP)
Myassar Darouiche al-Hussein, 22 ans, originaire de Deir ez-Zor, est arrivé à Damas avec sa famille depuis trois mois. Il a trouvé un emploi dans une usine pour moins de 200 dollars par mois. À Deir ez-Zor, le « rendement des récoltes a chuté de 70 % », dit-il. Son frère, resté là-bas, cultive du blé et de la canne à sucre. Des familles entières, éprouvées par la sécheresse qui touche depuis trois ans le nord-est de la Syrie autrefois considéré comme le grenier à blé du pays, sont de plus en plus nombreuses à migrer vers Damas et d'autres zones urbaines à la recherche de travail. Et comme si la sécheresse ne suffisait pas, note Yassar, « le mazout...
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