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Moyen Orient et Monde - Le Point

Democrazia ma non troppo

La démocratie est en marche en Irak, foi de Chris Hill, ambassadeur US. L'ennui, c'est qu'il s'agit d'une longue marche, suivant un itinéraire tortueux, escarpé, parsemé d'actes terroristes. Dimanche, deux voitures piégées ont sauté devant le siège de la Trade Bank, dans le quartier à majorité sunnite de Ma'moun. Bilan : 26 morts, 53 blessés. Une semaine auparavant, la Banque centrale avait été prise pour cible lors d'un assaut qui avait laissé sur le terrain une quinzaine de victimes et une quarantaine de blessés. Violence encore : à Nassiriyah dans le Sud, où une foule en colère qui protestait contre les pannes d'électricité trop fréquentes a pris à partie la police dont 14 éléments ont été hospitalisés. Et, fait sans précédent, le capitaine de la force antiémeute, au lieu de donner de la matraque, a rejoint les rangs des manifestants. Scénario presque identique à Bassora et à Bagdad lorsque la population a voulu exprimer son ras-le-bol face aux coupures de courant quand le mercure s'amuse à frôler les 50°.
On veut bien croire que « la volonté du peuple a été respectée », ainsi que le soulignait l'autre jour Fouad Ma'ssoum, président de la nouvelle Assemblée - au prix d'une campagne haineuse et d'un décompte laborieux, quand il avait fallu réexaminer manuellement pas moins de deux millions de bulletins de vote. Mais ce bon peuple auquel les 325 élus de la nation doivent leurs sièges est en droit, lui, d'attendre une amélioration de son niveau de vie et une sécurité accrue. Au lieu de quoi lui est imposé l'affligeant spectacle de chefs de clan s'adonnant à des pratiques qui feraient rougir de honte un maquignon et dignes de l'ère de feu Noury Saïd. Cela parce que pas plus l'actuel Premier ministre Nouri al-Maliki que son prédécesseur Iyad Allawi n'ont pu décrocher la timbale, soit une majorité permettant, au prix de quelques alliances, de mettre sur pied une équipe gouvernementale.
Aux dernières nouvelles, le chef de l'Irakiya tenterait de convaincre les sadristes de lui accorder leurs suffrages, une éventualité qui ne déplaît pas tant à leur leader, Moqtada Sadr. Celui-ci - qui préférerait cependant voir Ibrahim Jaafari prendre la tête de la future équipe ministérielle - n'est pas près d'oublier que M. Maliki avait fait donner jadis la troupe contre sa milice, l'Armée du mehdi. Pour l'instant, personne ne semble pressé de régler un problème aussi ardu, chacun s'imaginant que le temps travaille pour lui et s'ingéniant à discréditer l'adversaire sans aller toutefois jusqu'à l'attaquer de front. M. Allawi vient ainsi d'exhumer une missive émanant, dit-il, des autorités militaires US et faisant état d'un complot pour l'assassiner. Mais nul n'a prêté foi à l'accusation, qui n'est pas la première du genre depuis le 7 mars dernier, date de la consultation générale, et dans laquelle d'ailleurs aucun nom n'est cité. Il reste que les accusations et contre-accusations se multiplient à mesure que les jours passent sans qu'aucun progrès notable ne soit enregistré dans la formation du ministère.
Dans deux mois, le commandement américain ordonnera la cessation des opérations militaires et l'ensemble des GI auront quitté le pays avant la fin de 2011. Mission accomplie ? Il s'en faut. Lundi 14 juin, le Parlement s'est réuni pour la traditionnelle cérémonie de prestation de serment de ses membres. Brève session qui n'aura duré que vingt minutes et qui aura permis de relever, entre autres aberrations, que nombre d'élus kurdes, issus de la région d'origine du chef de l'État Jalal Talabani, avaient choisi de prononcer la phrase d'allégeance à la nation dans leur langue maternelle.
L'impasse politique - certains préfèrent parler, délicate litote, de surplace - a eu son inévitable corollaire : un accroissement du nombre d'attentats, ce qui a eu pour effet de réveiller les vieux démons des années noires 2006-2007, avec leur sinistre cortège de victimes ou, plus proche, le souvenir des boucheries de mai dernier à Hilla. L'opinion publique ne fait pas grande confiance à ses politiciens, tout à leurs querelles et à leurs petits calculs. Elle lorgne par contre, et avec de plus en plus d'insistance, du côté du grand ayatollah Ali Sistani, chef de la communauté chiite, dont l'intervention, veut-on espérer, hâterait une sortie de la crise.
En attendant, tout le monde retient son souffle et s'interroge, anxieux : combien de morts encore avant de voir une issue à une tragédie qui dure depuis bientôt huit
ans ? Et, de grâce, cette fois sans intervention extérieure.
La démocratie est en marche en Irak, foi de Chris Hill, ambassadeur US. L'ennui, c'est qu'il s'agit d'une longue marche, suivant un itinéraire tortueux, escarpé, parsemé d'actes terroristes. Dimanche, deux voitures piégées ont sauté devant le siège de la Trade Bank, dans le quartier à majorité sunnite de Ma'moun. Bilan : 26 morts, 53 blessés. Une semaine auparavant, la Banque centrale avait été prise pour cible lors d'un assaut qui avait laissé sur le terrain une quinzaine de victimes et une quarantaine de blessés. Violence encore : à Nassiriyah dans le Sud, où une foule en colère qui protestait contre les pannes d'électricité trop fréquentes a pris à partie la police dont 14...
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