Des femmes manifestant en faveur de l’instauration du quota de représentation féminine dans la fonction publique.
Malgré les campagnes menées pour encourager les femmes à se présenter aux municipales, peu d'entre elles ont répondu à cet appel. Pourquoi cette réticence ? « Principalement parce que ces élections ont eu lieu d'une manière rapide, les femmes ne pouvant pas se préparer », explique Mouna Mourad, sociologue à la faculté de médecine de l'Université Saint-Joseph et vice-présidente du Conseil des femmes libanaises (CFL). « Mais aussi parce que notre société est encore machiste, poursuit-elle. De ce fait, on accorde toujours d'importance à l'élément masculin de la famille. De son côté, la femme hésite à être la cible de comportements agressifs de la part d'un public misogyne, sachant qu'elle n'a pas été encouragée par les partis politiques à jouer un rôle de leadership. » Cela d'ailleurs a été constaté dans les listes qui ont été formées. Rares sont celles qui ont respecté un certain quota, un grand nombre des listes ayant une ou deux femmes au nombre des candidats. Mais nombreuses sont aussi les listes qui ont catégoriquement refusé de compter des femmes parmi leurs candidats.
« De plus, la femme craint de voir se chevaucher ses responsabilités familiales et ses implications publiques, constate Mouna Mourad. Elle n'a pas non plus eu la possibilité de prouver ses capacités sur le plan des activités publiques, sans oublier que son éducation l'appelle à jouer son rôle dans le cadre familial réservant le cadre public à l'homme, alors qu'actuellement, la femme est habilitée tant sur le plan de l'éducation qu'au niveau intellectuel et social à assumer des responsabilités dépassant le cadre familial. Mais à mon avis, la femme manque d'initiative pour s'engager entièrement dans le domaine public. »
Pour toutes ces raisons, le Conseil national de la femme libanaise (CNFL) présidé par Mme Wafa' Sleiman, et le CFL, présidé par Mme Mona Kabbara Chaarani, soutenus par le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, et la ministre d'État Mona Afeiche, ont réclamé la mesure du quota féminin au niveau des candidatures et des sièges, poursuit Mouna Mourad. Cela permettra à la femme de faire preuve de ses capacités d'action au niveau du développement local et national. » Rappelons dans ce cadre que M. Baroud avait proposé dans le cadre des amendements de la loi électorale d'instaurer un quota féminin de 30%. Ce taux a été rabaissé à 20 % en Conseil des ministres, mais les amendements n'ont pas été approuvés par le Parlement.
Quelle est l'importance de la participation de la femme aux municipales ? « C'est un moyen d'impliquer les femmes dans le développement local et national de leur pays, répond Mouna Mourad. Cela donne certainement un plus grand dynamisme à l'administration locale et nationale, et valorise le concept de "démocratie" au Liban, par l'augmentation de la visibilité de femmes aptes à assumer un rôle dans la vie publique au niveau des instances de prise de décision, les municipalités à titre d'exemple, vu leur poids démographique dans la population. Je suis convaincue que les femmes pourront accéder à la "citoyenneté" effective et occuper une place dans la conduite des affaires publiques, surmontant ainsi les obstacles dus à la mentalité machiste de la société et de la famille libanaises. En fait, l'accès nouveau des femmes responsables permettra d'affronter les déficiences structurelles et fonctionnelles inhérentes au système actuel de gestion du pays, amènera une présence efficace dans l'évaluation de la gérance des institutions publiques, et exigera la transparence et l'efficience chez les acteurs et actrices dans les secteurs public et privé. »
Et Mouna Mourad d'ajouter : « Les femmes capables de prendre part aux affaires publiques réussissent à s'engager pleinement si leur famille et le milieu social les encouragent en ce sens. Lorsque les femmes sont en nombre suffisant au niveau de la prise de décision nationale, elles pourront contribuer à appliquer les mesures prises dans la Charte des droits de l'homme et de la femme, dans la Convention pour l'élimination de tout genre de discrimination contre les femmes (Cedaw), qui pousse les États signataires à prendre toutes les mesures nécessaires afin d'assurer aux femmes une place dans la fonction publique, ainsi que le plan d'action d'Istanbul qui préconise l'égalité des sexes dans la région euro-méditerranéenne, notamment au niveau du statut personnel et de la nationalité, ainsi que la déclaration et le programme d'action de la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Beijing (1995), et les clauses des pactes internationaux sur les droits socio-économiques et culturels des femmes, comme sur leurs droits politiques et civils. »
Mouna Mourad souligne dans ce cadre que de nombreuses organisations féminines, comme le CNFL, le CFL, la Ligue des droits de la femme libanaise, la Young Women Christian Association, et d'autres internationales, comme le bureau du PNUD au Liban ainsi que l'Association du planning familial « s'attellent à organiser des formations accélérées pour la capacitation de la femme ».
Et de conclure : « Il est temps au XXIe siècle que la société libanaise puisse augmenter ses potentialités en faisant appel aux activités publiques des femmes jusque-là ignorées, et cela pour qu'elle se transforme d'une société consommatrice et dépendante en une société productrice, maîtresse d'elle-même et autonome. »

