Garo Avessian.(Michel Sayegh)
Allure de collégien pour Garo Avessian. Pour ce jeune arménophone (il s'exprime en un arménien haut de gamme) fraîchement rentré d'Erevan du conservatoire Komitas où il a obtenu son diplôme dans l'art de brandir la baguette, la musique est une constante présence qui le soutient depuis sa plus tendre enfance.
C'est en termes simples, clairs et enthousiastes qu'il se confie: «J'ai fait tout d'abord du piano, dès l'âge de douze ans. Pourquoi le piano? C'est qu'à la maison il y avait un piano... (en effet, c'est presque un "must" pour tout intérieur des enfants du pays de Sayat Nova que d'avoir un clavier ou un accordéon) et c'est ma sœur qui devait plutôt en jouer. Mais ma très vive attirance pour les touches d'ivoire n'est pas passée inaperçue. Très vite repéré, ma formation est sérieusement prise en main et c'est ainsi que gammes et premières mélodies, par-delà tous les cours préparatoires, ont été sous la férule de Gayane Torossian. Par la suite, je me suis attelé à l'étude de la composition (théorie musicale, harmonie, solfège et orchestration) avec Vatche Kalenderyan.»
Aujourd'hui, à trente et un ans, cette passion de la musique n'a pas pris une seule ride mais, au contraire, a mûri, s'est amplifiée, confirmée et tonifiée. «De même que mon goût prononcé pour la composition s'est développé et affermi. J'ai une quinzaine d'opus à mon actif entre quartette pour piano, sonate pour violon et images symphoniques. En 2004, j'ai obtenu, en Arménie, le troisième prix Lazare Saryan pour un cycle vocal, inspiré des poèmes parlant de l'amour, de l'exil et de la condition humaine du trouvère du XVIe siècle Nahabed Kouchak. Un cycle vocal que j'ai écrit et qui s'intitule Trois Kuchak Hayrens.»
Pour Garo Avessian, qui a déjà dirigé l'Orchestre philharmonique libanais dans des partitions de Beethoven, Brahms, Schubert et Saint-Saëns, la musique est «un moyen esthétique pour un message de perfection».
Quels sont ses musiciens favoris et préférés ?
La réponse ne fuse pas spontanément et se laisse attendre. Mais pour ce compositeur mordu par l'inspiration de Stravinsky (celui du Sacre du printemps), les noms finissent toutefois par pointer, avec quelques nuances: «J'aime surtout celui qui a un esprit contemporain, dit-il. Surtout la musique après 1900, celle qui apporte du sang neuf et révolutionne. Il y a bien sûr Stravinsky, mais aussi Schoenberg, Bartok, Chostakovitch. Oui j'aime aussi la lecture. Surtout les biographies des compositeurs. Le dernier livre que j'avais en main était sur la vie de Van Gogh! Je trouve cet acharnement au travail magnifique. Je suis féru aussi des livres de philosophie. Notamment ceux de Thalès, le sage présocratique ionien né à Milet qui trouvait "si difficile de se connaître soi-même". Le théâtre aussi m'intéresse. À part Roméo et Juliette de Shakespeare, une œuvre de référence dramaturgique, j'aime me renseigner sur les détails scéniques comme dans cet ouvrage de Peter Brook The Empty Space (L'espace vide). Et sur un registre absolument différent, j'aime les longues marches et le football!»
Père déjà d'un petit Vartan, Garo Avessian n'en est pas moins toute dévotion à sa carrière de professeur de musique, de compositeur et de chef d'orchestre. Son grand souhait est que le public approche la musique avec plus de sérieux et moins de connaissances superficielles. Il rêve de ce moment où l'on a du respect pour le silence entre deux mouvements et non ces acclamations inopportunes quand un musicien ou un orchestre se concentre et se prépare à donner les premières ou dernières mesures.
Pour Garo Avessian, qui croit ferme que la musique est un message de perfection, il est certain que le commun des mortels ne devrait pas aborder les partitions interprétées en toute impunité et
désinvolture.

