On ne saurait, ici, parler plutôt du mythe de Sisyphe, puisque le rocher refuse obstinément de bouger, ne fut-ce que d'un iota et qu'en fait d'efforts, les messieurs bons offices successifs que l'on a vu à l'œuvre - enfin, façon de parler -, en plus d'un demi-siècle se sont contentés de brasser l'air pour créer l'illusion d'un frémissement et de nous abreuver de belles paroles pour étancher notre soif de paix. La plus désolante de toutes les manifestations de (fausse) bonne volonté ayant été les propos du successeur de George W. Bush annonciateurs d'une moisson dont on attend toujours les blonds épis.
Vous réclamiez du concret ? On vous propose une rencontre, encore une, hier, entre le chef de l'Exécutif américain et le président de l'Autorité palestinienne. Au fait, il est permis, sauf le respect dû à l'actuel détenteur du poste, de s'interroger sur cette bien étrange « autorité » qui ne dépasse pas l'étroite enceinte de la Mouqataa, véritable panier de crabes où gigotent les lointains successeurs de ces grands libérateurs que l'on avait vu à l'œuvre jusqu'au mois d'août 1982 dans les rues de Beyrouth, un œil fixé sur Jounieh, détour obligé pour atteindre enfin la Jérusalem promise. Le bref rappel s'impose quand on voit ces braves hommes jouer des coudes pour être les premiers au front à partir de leur poste d'observation à Damas, Sanaa ou Mogadiscio.
Des occasions manquées, la Cause (la majuscule s'impose) en aura-t-elle connu depuis l'irruption des apprentis sorciers sur la scène régionale. Deux experts viennent, histoire de rafraîchir les mémoires, d'exhumer un dossier vieux de trente ans, celui de la « Déclaration de Venise ». Yonatan Touval, brillant politologue, et Sharon Pardo, enseignant à l'université Ben Gourion, rappellent dans une contribution au New York Times que, le 13 juin 1980, les neuf membres du Conseil européen (chefs d'État et de gouvernement et ministre des Affaires étrangères) avaient signé un document de 11 points insistant sur l'urgence d'une solution globale du conflit arabo-israélien inspirée des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité. Ils réclamaient pour tous les pays de la région le droit à l'existence et à la sécurité, et « la justice pour tous les peuples, ce qui impliquerait la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien ». Étaient inclus dans ce texte la nécessité pour Israël de mettre fin à l'occupation des territoires conquis en juin 1967, d'abandonner les colonies de peuplement, ainsi que les modifications démographiques et immobilières dans les territoires arabes « occupés illégalement », enfin de renoncer à la force et aux menaces.
Un an auparavant, Tel-Aviv et Le Caire avaient signé une paix qui se révèle plus factice que jamais un tiers de siècle plus tard puisqu'elle n'existe que sur le papier, qu'elle n'a jamais trouvé sa place dans les cœurs, qu'Anouar Sadate, sacrifice inutile, en a payé de sa vie le prix. Pourtant, écrivent les auteurs de l'article, les Européens avaient vu juste et défini les grandes lignes d'un projet d'entente qui demeurent d'actualité. Ils s'empressent de préciser que Washington n'avait épargné aucun effort pour mettre en veilleuse la démarche, notamment sous les deux mandats Reagan et il avait fallu attendre décembre 2000 pour voir l'administration Clinton tracer les paramètres d'une paix à venir, d'ailleurs sans trop croire à son succès.
Trop de scénaristes, trop de metteurs en scène et d'acteurs, vrais ou faux. Et trop de spectateurs passifs qui ne prennent même plus la peine de compter les coups. Ajoutons à cela la multiplicité des problèmes « collatéraux » - bien entendu aux yeux des parties directement concernées - représentés par les difficultés que connaissent l'Europe et les USA, et l'on comprend pourquoi le soufflé s'affaisse à chaque fois qu'il est sorti du four.
Le fin mot de l'histoire, c'est l'émissaire américain qui s'est chargé de le prononcer. Oui, Benjamin Netanyahu est intéressé à trouver une issue, disait-il il y a peu. Mais je ne saurais dire s'il est d'accord sur les moyens d'y parvenir. Ah ! Oui, trop de fausses idées aussi.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef