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Moyen Orient et Monde - Russie

Poutine, l’ancien espion, soigne sa communication

« Notre objectif est que notre société civile mûrisse, grandisse, se renforce et sente sa force », a affirmé hier le Premier ministre russe, lors d'une entrevue accordée à des journalistes français.

Vladimir Poutine lors d’une discussion informelle avec des journalistes de l’AFP et de France 2. Yuri Kadobnov/AFP

« Je vous glisserai cela un jour à l'oreille. » Sur le ton de la plaisanterie, l'ancien « tsar » du KGB, Vladimir Poutine, esquive une question sur sa vie privée.
Les interviews de M. Poutine à la presse étrangère sont rares. Inversement proportionnelles à son omniprésence dans les médias russes. Mais ce lundi 7 juin, à Sotchi, sur les bords de la mer Noire, l'homme fort de la Russie décide de prendre son temps pour répondre aux journalistes.
Il est plus de 22h00 quand Vladimir Poutine fait son apparition, environ deux heures après l'horaire fixé. Pas chaloupé mais ferme. Costume gris, cravate bleue. Entre un dîner avec une délégation du Comité international olympique et un départ pour la Turquie, le Premier ministre russe répond à l'Agence France-Presse et à la chaîne de télévision France 2 avant une visite à Paris aujourd'hui. Le décor est lourd et chic : le salon d'une somptueuse résidence d'État où les dignitaires russes aiment à se reposer, été comme hiver.
Pendant près d'une heure, l'ancien patron du Kremlin, où il pourrait bien retourner en 2012, parle de l'euro, des droits de l'homme, de l'Iran ou encore de la politique intérieure russe.
Calé bien droit dans un petit fauteuil vaguement impérial, assis face aux deux journalistes, il affiche une belle maîtrise dans la communication. Il bouge peu, sauf ses pieds qui de temps en temps tambourinent la moquette. Le chef du gouvernement qui s'exprime en russe contrôle son corps, athlétique pour un homme de 57 ans. Preuve d'un entretien physique régulier. Natation souvent, judo plus rarement. Poutine est ceinture noire. Non loin de lui, une cohorte de gardes du corps catégorie poids lourds veille.
Aux questions qui fâchent, sur les droits de l'homme par exemple, celui qui fut président de 2000 à 2008 réplique fermement, sans excès, évite l'emportement. « Les atteintes, il y en a partout. Prenons par exemple les atteintes aux droits de l'homme dans le système pénitentiaire français », a-t-il lancé. « Je comprends bien que c'est une vieille tradition des pays européens d'imposer ses normes et ses règles. Souvenez-vous de la colonisation en Afrique (...) J'ai le sentiment que cette vieille tradition s'applique désormais à la démocratie », poursuit-il.
« Je ne vais pas dire que tout est idéal chez nous. Vous savez, dans le monde entier, où que vous regardiez, le pouvoir cherche toujours à avoir une image meilleure que la réalité, et il cherche à limiter les activités des médias », souligne encore M. Poutine. « Là où la société civile n'est pas encore arrivée à maturité, où elle n'a pas rassemblé ses forces, il est plus facile pour le pouvoir de faire ces manipulations. C'est pourquoi notre objectif est que notre société civile mûrisse, grandisse, se renforce et sente sa force », a-t-il assuré, tout en indiquant que l'instauration d'un culte de la personnalité en Russie était impossible, même dans « un cauchemar ».
Vladimir Poutine économise ses gestes. Il est plus généreux avec la parole qu'il manie d'un ton posé. Ceux qui le connaissent bien assurent qu'il devient plus expressif au fil des ans. Son regard est devenu moins froid. Ses yeux gris bleu acier osent de légers pétillements.
Une heure à causer et pas un verre d'eau. Il n'a pas touché non plus à la tasse de thé au jasmin posée devant lui sur une table basse.
Après l'entretien filmé, qui ne devait surtout pas montrer sa calvitie - consigne du service de presse -, il se prête au jeu d'une discussion à bâtons rompus. Il s'est levé. Un léger embonpoint semble gagner malicieusement ce sportif qui assure que Sotchi réussira de belles Olympiades en 2014. Que la Russie a posé sa candidature à l'organisation du Mondial de football en 2018. Il plaisante, mais ne s'esclaffe pas.
Son avion pour Istanbul attend. Lui ne montre aucun signe d'impatience. L'horloge biologique est précise, huilée.
Quand le judoka en costume quitte finalement la pièce vers 23h00, on a le sentiment que la mécanique ne va pas s'user de suite. Et qu'on ne serait pas surpris de retrouver un Poutine de nouveau président dans deux ans, après un intermède de Premier ministre qui lui aura, entre autres, permis de soigner son image et de préparer son retour.
« Je vous glisserai cela un jour à l'oreille. » Sur le ton de la plaisanterie, l'ancien « tsar » du KGB, Vladimir Poutine, esquive une question sur sa vie privée.Les interviews de M. Poutine à la presse étrangère sont rares. Inversement proportionnelles à son omniprésence dans les médias russes. Mais ce lundi 7 juin, à Sotchi, sur les bords de la mer Noire, l'homme fort de la Russie décide de prendre son temps pour répondre aux journalistes.Il est plus de 22h00 quand Vladimir Poutine fait son apparition, environ deux heures après l'horaire fixé. Pas chaloupé mais ferme. Costume gris, cravate bleue. Entre un dîner avec une délégation du Comité international olympique et un...
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