Levon Nordiguian, responsable du musée.
La jeune section d'archéologie de la faculté des lettres et des sciences humaines ne pouvait rester indifférente à ce patrimoine. C'est ainsi qu'en 2000, à l'initiative de Levon Nordiguian, l'université s'est lancée dans un projet muséologique à la fois scientifique et pédagogique, avec en plus le souci de rendre accessible ce patrimoine au grand public, surtout scolaire. Le musée de Préhistoire a pu alors voir le jour, grâce à l'engagement très fort de l'Université Saint-Joseph, bien sûr, mais aussi au soutien de l'ambassade de France, qui ne s'est jamais démenti, de l'Unesco, ainsi qu'au partenariat scientifique du Musée du Louvre et de
l'Institut de préhistoire orientale du CNRS français.
À l'occasion de son dixième anniversaire, l'équipe du musée, formée de Maya Haïdar-Boustani, Nelly Abboud et Leila Abi Zeid, et regroupée autour de Levon Nordiguian, a tenu à rendre hommage à deux préhistoriens qui ont fortement contribué à l'enrichissement du musée : le père Henri Fleisch auquel est consacrée une exposition de panneaux, à partir de ses propres archives photographiques, et Lorraine Copeland.
Le père Fleisch était d'abord un spécialiste de la philologie arabe, mais pour se distraire, il s'est aussi intéressé à la géologie et à la préhistoire, sans oublier l'apiculture. Il a laissé plus d'un millier de clichés qui contiennent non seulement des informations à caractère scientifique, mais aussi des témoignages sur les bouleversements du paysage urbain et naturel libanais durant les années 1950 et 1960. C'est surtout cet aspect de ses archives qui est exploité dans l'exposition.
C'est au père Fleisch que reviendra le mérite d'avoir réuni les collections préhistoriques éparpillées dans différents sites de l'université, pour en faire ce qu'on appelait le Laboratoire de préhistoire de l'USJ. Ce laboratoire, qui était réservé à un public restreint de chercheurs, deviendra très vite, et jusqu'en 1975, le lieu de rassemblement de spécialistes engagés dans une véritable entreprise pluridisciplinaire regroupant des préhistoriens prestigieux comme le père Francis Hours, Lorraine Copeland, Jacques Cauvin et Jacques Tixier, ainsi que des géomorphologues comme Paul Sanlaville et Jacques Besançon.
À l'époque, le Liban était alors le pays arabe le plus avancé en matière de recherche préhistorique. La guerre du Liban portera un coup fatal à cet âge d'or. Dangereusement exposé sur la ligne de démarcation, le laboratoire ne fut plus fréquenté. La mort des derniers préhistoriens jésuites mit définitivement un terme à ce bouillonnement intellectuel.
La seconde figure à laquelle est rendu aussi un hommage est la préhistorienne Lorraine Copeland, qui fut pendant longtemps la proche collaboratrice du père Francis Hours s.j. Elle est l'auteure d'un monumental Inventaire de l'Âge de la pierre, publié en 3 livraisons dans les « Mélanges » de l'USJ. Elle vient de faire don de sa bibliothèque personnelle au musée de Préhistoire. Avec le fonds déjà existant au musée, il y a là un noyau très précieux pour envisager des développements futurs. En hommage à ce geste et pour honorer cette grande figure de la recherche en préhistoire libanaise, la bibliothèque du musée portera désormais le nom de Lorraine Copeland.
En somme, le musée de Préhistoire est une invitation pressante à découvrir une part insoupçonnée de notre passé. C'est aussi un témoignage poignant de la destruction progressive de ce patrimoine, en raison de l'urbanisation et du développement du Liban. Il a accueilli, depuis sa création, des milliers de scolaires qui viennent découvrir le plus ancien patrimoine de leur pays, grâce à des guides spécialement formés. Sa fréquentation est en perpétuelle augmentation, et l'année en cours s'annonce exceptionnelle, puisque le nombre de visiteurs a déjà triplé par rapport à l'année dernière. Ce musée a donc encore un bel avenir devant lui. À découvrir d'urgence.

