L’avant-centre Kaka (à droite) s’échauffe avec son coéquipier Robinho sur le terrain de la Randburg High School. Les amateurs de beau jeu devront pour une fois trouver une autre équipe à supporter que le Brésil en Afrique du Sud. Pour décrocher un sixième titre mondial, la Seleçao compte davantage sur la solidité de son bloc défensif et l’efficacité de ses contre-attaques que sur le jeu léché et spectaculaire qui a fait sa réputation. Antonio Scorza /AFP
Pour décrocher un sixième titre mondial, la Seleçao compte davantage sur la solidité de son bloc défensif et l'efficacité de ses contre-attaques que sur le jeu léché et spectaculaire qui a fait sa réputation.
« Le foot brésilien, admiré dans le monde entier pour ses gestes techniques, son jeu de passe et son pressing offensif, n'est plus qu'un lointain souvenir, déplorait l'ancien attaquant Tostao à l'issue d'une victoire pourtant cinglante en Uruguay (4-0) en éliminatoires. Aujourd'hui, il ne repose plus que sur un marquage impitoyable et des contre-attaques rondement menées. »
Ce glissement vers un style plus physique, inspiré du jeu européen, a commencé après l'échec des équipes de 1982 et 1986, incarnation du beau jeu.
Mais c'est depuis que l'ancien milieu défensif Dunga en a pris les commandes, il y a quatre ans, que la Seleçao a accéléré sa mutation.
Elle semble payante : sous sa direction, le Brésil a gagné la Copa America, la Coupe des confédérations, et il a dominé les éliminatoires sud-américaines, loin devant son grand rival argentin.
« C'est une équipe efficace, très soudée et très bien organisée qui me rappelle celle de 1994 », déclarait récemment son prédécesseur Carlos Alberto Parreira, qui a remporté le Mondial 1994 avec une équipe défensive et échoué en 2006 avec une formation plus offensive.
« Les équipes européennes auront du mal à trouver des espaces, il y a toujours huit joueurs en situation défensive, et quand ils passent à l'attaque, ils le font avec talent », ajoutait celui qui dirige aujourd'hui l'Afrique du Sud.
« Stratégie payante »
Arrivée sur la pointe des pieds en Allemagne en 2006, après une campagne qualificative indigne de son statut de championne du monde, la Seleçao débarque en Afrique du Sud avec davantage de certitudes.
Sûr de ses choix, le sélectionneur auriverde s'est même payé le luxe d'écarter Ronaldinho et Adriano de sa liste des 23, au profit d'un groupe encore plus défensif. Il a aussi ignoré les appels à y intégrer les grands espoirs Paulo Henrique Ganso et Neymar.
« Ma stratégie prudente a été payante depuis le début, s'est-il justifié après avoir révélé sa liste. Je ne vais pas tout changer en 15 jours juste parce que certains me le demandent. »
Dunga a les joueurs qu'il faut pour cela : Lucio (Inter Milan) et Juan (AS Roma) forment une charnière solide, le latéral de l'Inter Milan Maicon est considéré comme le meilleur contre-attaquant au monde, et les milieux Felipe Melo (Juventus), Gilberto Silva (Panathinaikos) et Julio Baptista (AS Roma) sont d'infatigables râtisseurs de ballon.
En éliminatoires, le Brésil s'est souvent laissé dominer. Le 4-0 de Montevideo en est un parfait exemple : l'Uruguay avait obtenu 15 corners, contre seulement deux aux Auriverde.
Mais même quand ses adversaires se créent des occasions, ils butent désormais sur Julio Cesar, le gardien de l'Inter Milan, qui a joué un rôle déterminant dans le triomphe de son club en Ligue des champions.
Revers de la médaille, le Brésil a du mal à s'exprimer contre les équipes regroupées en défense. Le 0-0 concédé à domicile face à la Bolivie, la Colombie ou le Venezuela en éliminatoires risque de donner des idées à ses futurs adversaires au Mondial.
Dunga avait à l'époque été critiqué pour ne pas avoir su apporter un peu de folie à son équipe.
L'état de forme de ses créateurs, Robinho et de Kaka, qui sortent d'une saison difficile avec Manchester City et le Real Madrid, sera donc une des clés du parcours brésilien.
Le « groupe de la mort » qui les attend en Afrique du Sud, avec le Portugal, la Côte d'Ivoire et la Corée du Nord, devrait vite donner des indications sur ses chances d'aller au bout.
Les résultats aidant, les supporters brésiliens se sont jusqu'à présent faits, bon gré mal gré, à la philosophie de Dunga. Mais s'il échoue au Mondial, ils ne sont pas prêts de le lui pardonner.


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