Nahida Nakad : Ne pas entrer dans les querelles libano-libanaises.
Journaliste professionnelle, maîtrisant parfaitement l'arabe, puisqu'elle est franco-libanaise (elle avait fait ses études à la Mission laïque française en même temps que Samir Kassir), elle est aussi familière des problèmes de la région. Elle a appris au fil de l'expérience à mettre de côté ses sentiments pour permettre aux téléspectateurs français, auxquels elle s'est longtemps adressée, de comprendre une situation des plus complexes. Elle raconte ainsi que lors du massacre de Cana en 1996, elle a pleuré hors antenne devant les images terribles. Mais une fois devant la caméra, elle s'est contentée de décrire les scènes poignantes. « Je suis journaliste, pas militante, dit-elle. Et les faits se passent souvent de commentaire. » C'est donc cette femme déterminée, sachant exactement où elle veut aller, qui a désormais pour mission de relancer MCDoualiya (la nouvelle version de Radio Monte-Carlo). Bien que le pôle dont elle a la charge appartienne au service public français, Nahida Nakad insiste sur l'indépendance de ses équipes. « Nous ne voulons pas être associés au gouvernement français, même si nous sommes financés par l'État. Nous ne subissons aucune pression éditoriale », répète-t-elle.
Depuis le mois d'avril, France 24 diffuse 10 heures d'émissions en arabe, et à partir d'octobre, elles passeront à 24 heures. Selon les premiers bilans, la chaîne bénéficie d'une grande audience dans les pays du Maghreb, un peu moins ici. Par contre, MCDoualiya, ex-RMC, avait une forte audience au Liban, et Nahida Nakad souhaite la retrouver et la consolider. « En France, les stations de radio connaissent un véritable boum, précise-t-elle. Nous voulons profiter de ce succès pour redynamiser cette station au Liban. » Selon elle, la radio a sa place dans le paysage audiovisuel si elle est conçue de façon intelligente, et si elle divertit tout en informant. Sa première démarche est de tenter de rapprocher les rédactions arabes de France 24 et de MCDoualiya. Elle précise que tout est géré à partir de Paris, avec un large réseau de correspondants.
Nahida Nakad est catégorique, la volonté de la France de s'adresser en arabe aux Arabes n'a rien à voir avec la prolifération actuelle des médias américains parlant arabe. « Il n'y a aucun rapport entre les deux démarches, dit-elle. C'est le président français Nicolas Sarkozy qui a pris la décision pour montrer l'intérêt que porte la France au monde arabe. Certes, France 24 a été fondée par l'ancien président Jacques Chirac, mais elle était alors une chaîne mi-privée, mi-publique. Nicolas Sarkozy a sollicité une réforme. Christine Ockrent a été nommée responsable de l'audiovisuel extérieur de la France. » Alain de Pouzilhac est le supérieur direct de Nahida Nakad et il s'est fixé pour objectif de développer la langue arabe dans les médias de l'audiovisuel extérieur. La journaliste concentre donc aujourd'hui ses efforts sur MCDoualiya. Elle compte réaliser des émissions spéciales en direct des pays arabes et cherche à coopérer avec d'autres émissions dans ces mêmes pays. Elle insiste sur le fait que MCDoualiya n'est pas le service arabe de RFI. Elle a ses propres correspondants, dont deux permanents au Liban.
Nahida Nakad insiste sur le statut légal de cette radio. Celle-ci possède une autorisation du ministère libanais de l'Information. Depuis 1996, elle réclamait une fréquence propre, mais on lui répondait toujours que la loi sur l'audiovisuel n'était pas finalisée. En définitive, comme cette radio est très aimée des Libanais et qu'elle les a accompagnés pendant les années de guerre, les responsables ont estimé qu'il serait dommage de ne pas la diffuser sur une fréquence FM. Ils sont passés par une société libanaise « Médian ». Celle-ci détient les droits de diffusion de MCD et elle a fait toutes les démarches nécessaires. Nahida Nakad affirme que MCD n'a pas loué une fréquence à Radio Pax. Elle a signé un accord de partenariat qui prévoit un échange et une assistance technique avec cette station. De plus, MCD a sciemment choisi Radio Pax (FM 103.3), pour ne pas être associée à une coloration politique. « Nous n'avons aucun parti pris et nous ne sommes jamais entrés dans les querelles libano-libanaises. Nous savons que nous sommes scrutés notamment dans l'approche du conflit israélo-arabe, mais nous voulons donner à nos auditeurs une information honnête et non biaisée. Nous sommes liés par la charte de déontologie professionnelle qui régit les médias français. En cas d'hésitation, nous revenons aux définitions du dictionnaire dans l'utilisation de certains termes, comme agression (attaque injustifiée) ou terrorisme (attaque de civils)... De même, toute prise de position est interdite à l'antenne. »
Nahida Nakad affirme encore que le pôle arabophone cherche à aider les auditeurs et les téléspectateurs à comprendre les événements, non à les accabler d'opinions. Elle est fière d'offrir aux auditeurs une revue de la presse palestinienne et israélienne et conclut en précisant que donner la parole n'est pas suffisant. Il faut aussi témoigner. Telle est la base de son message et telle est la façon dont elle conçoit son métier...

