1805, bataille de Trafalgar. Depuis deux ans, les relations franco-britanniques ont repris leur cours normal, à savoir : mauvais. Cette fois-ci, Napoléon Ier veut en finir avec la perfide Albion. Mais pour mettre à terre les insulaires, l'empereur doit, avant tout, gérer la question de la Royal Navy. Face aux navires de George III, la flotte française seule ne peut pas grand-chose. Qu'à cela ne tienne, Napoléon décide de lui adjoindre la flotte espagnole. En juillet, après moult tergiversations et manœuvres préparatoires, la flotte franco-espagnole est en formation à Cadix sous le commandement de l'amiral Pierre Charles Silvestre de Villeneuve. Deux mois plus tard, le vice-
amiral anglais Horatio Nelson prend la mer, direction Cadix, devant laquelle il place une flottille de frégates. Hors de vue, des navires de ligne se tiennent en embuscade.
Villeneuve, de son côté, n'est pas chaud pour quitter les eaux calmes du port andalou. C'est que l'amiral se souvient encore de la raclée que Nelson a mise aux Français sept ans plus tôt à Aboukir. Sous pression, Villeneuve se résout tout de même, le 20 octobre, à sortir de son port. Dans la nuit, se sachant poursuivi par des navires britanniques, l'amiral place ses bâtiments en ligne. En cela, il suit à la lettre le manuel de la bataille navale classique : les belligérants se positionnent sur deux lignes perpendiculaires au vent, avancent l'un vers l'autre, se croisent en se canonnant à mort, font demi-tour, répètent l'opération. Nelson, lui, a décidé d'innover. Le vice-amiral place ses navires vent arrière. Suite logique, ses 27 vaisseaux - six de moins que les franco-espagnols - déboulent à une vitesse folle sur les lignes ennemies qu'ils percent, telle une épée.
Pendant la bataille, Nelson est mortellement touché par une balle tirée de la hune du Redoutable. Mais la victoire anglaise est totale. Vingt navires de la flotte franco-espagnole sont coulés, plus de 4 000 marins tués. L'Angleterre confirme surtout sa suprématie maritime et tire un trait sur les velléités d'invasion des uns et des autres.
Juin 1942, bataille de Midway. Six mois après le bombardement de Pearl Harbor, le Japon se dit qu'il faudrait finir le boulot, à savoir, éradiquer la flotte américaine du Pacifique. Avec en objectif second d'exposer la côte ouest des États-Unis et d'ouvrir l'éventualité d'une invasion de Hawaï. De quoi sérieusement revisiter la géopolitique de la région, sans parler de celle de la Seconde Guerre mondiale.
Le plan d'attaque japonais vise l'île de Midway, où se trouve une base américaine. Il doit se dérouler en trois phases : diversion, raid sur Midway, débarquement sur l'île. Et, bien sûr, destruction totale de la US Navy.
Problème : les Américains ont intercepté et décodé les messages japonais. Ils savent que Midway est la cible d'une offensive. Autre problème : les Américains, sous les ordres de l'amiral Nimitz, ont réparé, sans aucun respect des procédures mais en un temps record, le porte-avions Yorktown, gravement endommagé lors du bombardement de Pearl Harbor. Autre problème encore : une mission de reconnaissance japonaise est annulée et les sous-marins japonais arrivent sur site avec un retard de 24 heures. Résultat, l'assaut tourne au fiasco, le Japon perd quatre porte-avions. Midway sonne le glas de l'expansion de l'empire japonais dans le Pacifique.
Gaza, mai 2010. Une flottille de six navires commerciaux vogue vers la bande de Gaza. À bord des embarcations, des biens humanitaires et des civils, hommes et femmes. En tout, quelque 600 personnes déterminées à briser le blocus de ce territoire ou du moins à ramener le dossier sous les lumières de l'actualité. 31 mai, 4 heures du matin : des unités d'élite israéliennes sont envoyées à l'abordage pour effectuer une mission de police. Des passagers résistent, répondent à l'assaut, les commandos tirent des balles en caoutchouc puis des balles réelles. Bilan : 9 morts.
Il y a la grande histoire navale, faite de brillants et de piètres amiraux, de courageux et de médiocres marins, de fringants et de vieux navires, de coups de chance, de coups du sort, de grand vent espéré, de tempêtes redoutées. Une histoire qui a fait et défait des empires, une histoire qui a changé le cours de l'histoire. Et il y a la « bataille navale » de Gaza. Qu'en restera-t-il dans les livres d'histoire ? Une mission visant à « défendre Israël » ou l'image d'une nation dirigée par des hommes qui ne savent plus lire l'histoire, qui la voient là où elle n'est pas, qui ne la voient pas là où elle est ? Des hommes qui pensent que l'histoire tourne uniquement autour de leur Massada, que le destin vient frapper à leur porte chaque matin. L'histoire faite par des hommes se présentant comme des leaders alors qu'ils ont perdu le sens de l'histoire, le sens de la mesure, le bon sens tout simplement.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef