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Culture - Accrochage

L’art engagé (et enragé) de Sumayya Samaha

 « Ma peinture ne fait pas de la politique. Elle n'est pas non plus partisane », affirme Sumayya Samaha dont l'exposition au Art Circle* est paradoxalement intitulée « Esthétisme, art et politique ».

Non aux bombes à fragmentation. Non au mur de la honte. Et non à la guerre en Irak. Non aussi aux lignes de démarcation au Liban. Et non, surtout, aux guerres et aux divisions fratricides. Tel semble être le message, ou tout du moins une partie des œuvres de Sumayya Samaha.
Mais voilà. L'artiste se défend de toute politisation. Pour elle, son art ne fait qu'exprimer sa réaction, ses sentiments face aux horreurs et aux injustices de ce monde. «C'est en faisant de l'art que l'on survit aux guerres», affirme l'artiste libano-américaine. Habituée à créer des œuvres monumentales (qu'elle expose dans son atelier/home à Soho, New York), Samaha a choisi pour son exposition à Beyrouth des toiles de dimension plus modeste, «facilement transportables».
Politique, non. Mais engagée, certainement. Et même militante. À commencer par cette installation d'objets (chaussures, mini-tee-shirt, soutien-gorge, pied en plastique, éponge de vaisselle, tissus divers...) tous criblés de centaines d'épingles et de clous. Aussi effrayants que des poupées vaudoues, leur vue provoque une attaque de frissons glacials dans le dos.
Intitulée «Cluster Bombs», cette installation (mixed media) «m'a été inspirée par la guerre de juillet 2006», raconte Sumayya Samaha. «Durant cet été-là, des millions de bombes à fragmentation ont été impitoyablement jetées par Israël sur le Liban. Elles ont fait de nombreuses victimes et continuent à semer la mort», ajoute-t-elle.
«Or la présence de ces "munitions non explosées" a, pendant et longtemps après le conflit, les mêmes conséquences dramatiques pour les populations civiles que les mines antipersonnel. Israël refuse de remettre à l'ONU la carte indiquant les sites où ces bombes ont été jetées. Unissons nos voix pour dire non à la fabrication, à la vente et à l'usage des bombes à fragmentation», lance l'artiste.
Sur le mur à gauche de l'entrée trône une œuvre rectangulaire intitulée... Le Mur. «Ce mur symbolique je l'ai construit en signe de protestation contre le mur de la honte érigé sur le territoire palestinien. Un mur qui sépare les membres d'une même famille. Du point de vue historique, les murs ont été construits pour, soi-disant, des raisons de sécurité. Mais, en réalité, ils signifient clairement "nous sommes meilleurs que vous autres"», affirme Samaha.
«Mon mur à moi tente, lui, de transmettre un autre message. Il vise à illustrer l'humanité d'un peuple possédant une culture et une histoire très riches. Un peuple qui tente de survivre dans les conditions poignantes de l'occupation. À travers la poésie, la musique et le chant, ce peuple exprime l'amour, la douleur et l'espoir. Je me suis inspirée de la poésie et des chants pour retranscrire la souffrance et l'espoir de ces gens.»
«J'ai utilisé le papier comme support pour cimenter ce mur parce que le papier est fragile, à l'instar de la situation, mais aussi pour indiquer que les murs sont facilement abattables.»
Née au Liban, Sumayya Samaha a quitté son pays natal en 1969, avant la guerre et après avoir obtenu un BA en psychologie de l'AUB. Destination Pittsburg, en Pennsylvanie, où elle se spécialise en bibliothéconomie. C'est en décrochant un poste de bibliothécaire aux Nations unies qu'elle s'installe à New York. Attirée par les arts à travers de nombreux amis artistes, elle dit avoir trouvé sa vocation dans l'expression artistique non sans avoir, au préalable, suivi des cours d'art à Hunter College. «Je ne pensais pas être une artiste professionnelle, dit-elle. Après tout, j'avais une trentaine d'années lorsque j'ai commencé à peindre. Mais c'est venu tout naturellement et je l'ai juste fait.»
Des huiles sur toile, du mixed media et du papier, Samaha aime à expérimenter avec divers médiums. Elle affirme que chaque support impose son style et sa technique qui lui sont propres. Quant à elle, elle fait ce que font les artistes. Dialoguer avec la matière, selon la sensibilité ou l'actualité du moment.

* Jusqu'au 24 juin, à Hamra, rue Antoine Gemayel. Tél. : 03/027776.

Non aux bombes à fragmentation. Non au mur de la honte. Et non à la guerre en Irak. Non aussi aux lignes de démarcation au Liban. Et non, surtout, aux guerres et aux divisions fratricides. Tel semble être le message, ou tout du moins une partie des œuvres de Sumayya Samaha.Mais voilà. L'artiste se défend de toute politisation. Pour elle, son art ne fait qu'exprimer sa réaction, ses sentiments face aux horreurs et aux injustices de ce monde. «C'est en faisant de l'art que l'on survit aux guerres», affirme l'artiste libano-américaine. Habituée à créer des œuvres monumentales (qu'elle expose dans son atelier/home à Soho, New York), Samaha a choisi pour son exposition à Beyrouth des toiles de dimension plus modeste,...
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