L'interruption du flux était d'autant plus pressante que le pétrole s'est répandu à un rythme de 2 à 3 millions de litres par jour, selon une nouvelle estimation fournie hier par un panel d'experts mandaté par l'administration américaine, un rythme trois à quatre fois supérieur à ce qui avait été estimé jusqu'ici.
Ce colmatage est le premier résultat positif d'une opération lancée par BP visant à boucher le puits, et plus globalement du premier vrai succès enregistré par le groupe pétrolier britannique, dont les faits et gestes sont scrutés par Washington depuis le naufrage de la plateforme à l'origine de la catastrophe, le 22 avril. L'opération, baptisée « top kill » en anglais, a commencé mercredi et consiste à injecter depuis un bateau mouillant en surface une solution faite d'eau, de matières solides et de barite, un minerai, dans deux conduits qui mènent à la valve antiexplosion du puits, d'où s'échappent le pétrole et le gaz, puis de sceller le puits avec du ciment. Il s'agit d'« une lutte titanesque entre le flot (de pétrole) et la solution que nous injectons dans le puits », a décrit hier matin le directeur exécutif de BP, Robert Dudley, sur la télévision américaine CNN.
Le président américain Barack Obama est tenu régulièrement informé des progrès de cette opération jamais tentée à une telle profondeur (1 500 mètres), selon la Maison-Blanche. M. Obama, embarrassé politiquement par cette affaire, a annoncé hier qu'il prolongeait le moratoire sur les forages pétroliers en mer, estimant que la catastrophe plaidait en faveur des énergies renouvelables. Le président américain a également estimé que BP pourrait avoir cherché à minimiser l'ampleur des dégâts causés par la catastrophe, ajoutant que son gouvernement allait vérifier les dires du géant britannique. Le président se rendra en outre aujourd'hui en Louisiane, l'État le plus touché par la marée noire où sont découvertes chaque jour de nouvelles conséquences dramatiques de la pollution, qui s'étend désormais à « plus de 160 km de côtes », selon le gouverneur de Louisiane, le républicain Bobby Jindal. L'administration américaine a par ailleurs donné hier son feu vert à la construction d'une île artificielle pour empêcher la marée noire de toucher les côtes de Louisiane.
Mercredi, le directeur général de BP, Tony Hayward, a reconnu, au nom de BP, que « sept défaillances » étaient apparues avant l'explosion de la plateforme, sans préciser s'il s'agissait d'erreurs humaines ou de problèmes techniques. Selon le New York Times, citant un document interne de BP, le groupe aurait choisi l'option la plus risquée entre deux techniques de coffrage du puits, notamment pour des motifs économiques.

