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Liban - En Toute Liberté

Cela s’appelle l’histoire

Comme il y a une espérance de vie, il y a une espérance de bonheur et de prospérité ;
une quantité de bonheur au-delà de laquelle il est vain d'aspirer, en vertu même de ce principe de réalité auquel se heurte tout enfant sur la voie de la maturité. Ce qui vaut pour l'homme vaut pour les sociétés humaines. Ce sont surtout les difficultés qui nous mûrissent, et sur la voie de la maturité nationale, nous devons réduire à une juste mesure nos aspirations à voir le Liban enfin dégagé de ses nœuds, enfin libre, souverain, prospère, souriant.
Par exemple, il est inutile d'espérer que la Syrie cesse un jour de s'ingérer dans nos affaires ;
inutile de penser que nous serons quittes de la lutte d'influence entre Damas et Le Caire, ou des effets destructeurs de la division de la Palestine.
Au demeurant, nous ne sommes même pas quittes de nos propres violences internes, et il est douteux que nous le soyons jamais. Ainsi, à Ketermaya, une foule déchaînée s'est crue en droit de se rendre justice et de tuer un assassin. Cette foule, c'est nous tous et chacun de nous. N'importe qui, placé dans une situation d'impunité, est capable de transgression. Nos guerres internes comprennent nombre de pareilles cruautés et barbaries, et qui pis est : l'impunité d'une amnistie est venue renforcer l'impunité du temps de guerre. Cette impunité est peut-être pour quelque chose dans ce qui s'est produit.
Il y a quelques jours, Ghazi Aad, qui défend le droit des parents de disparus, expliquait au métropolite Élias Audi pourquoi l'association avait demandé que le cimetière de Mar Mitr soit placé sous surveillance judiciaire. Il avait servi, durant la guerre, de lieu d'exécution et de fosse commune, a-t-il expliqué. Nous en parlions à bâtons rompus avec des amis quand une femme témoigna que, durant la guerre, elle devait avoir une douzaine d'années, elle avait vu de ses yeux des prisonniers - elle se rappelle encore d'une espèce de géant noir - conduits vers le cimetière où ils étaient achevés d'une balle ; dont elle entendait de chez elle la détonation.
Les hommes vivant en bordure du cimetière de Bachoura pourront en dire autant. De la rambarde d'un des ponts conduisant à Maameltein, le spectacle en contrebas n'était pas moins atroce, dit-on. Les guerres sont les guerres et les exécutions sommaires les jalonnent toutes. Et parfois, elles sont perpétrées par des armées régulières. Nous avons l'immense excuse d'avoir été livrés à la violence dans le désordre, de ne pas nous être laissés conduire par une idéologie. Quelque part, nous croyions défendre le Liban ou la liberté, chacun pour son compte, quand nous exécutions nos captifs dans l'horreur et la souffrance.
Nous croyions défendre le Liban... Enfin, certains d'entre nous. Et notre société s'en trouve bien aise aujourd'hui. L'homme qui a placé une voiture piégée devant une boulangerie paie son pain au même comptoir que nous.
Tout cela pour dire que c'est à l'honneur du Liban aujourd'hui, et de sa justice, que les meneurs du lynchage de Ketermaya soient détenus. Ils ont désespéré de la justice et se sont érigés en justiciers, agissant dans une ivresse qui ressemblait fort à une vengeance collective. À la justice de leur prouver qu'ils se trompaient. Mesurer nos aspirations, se souvenir, mûrir, rendre compte de nos actes, ne plus attendre les autres, avancer vers l'État de droit. Cela s'appelle l'histoire, et ça ne sera jamais lisse.
Comme il y a une espérance de vie, il y a une espérance de bonheur et de prospérité ;une quantité de bonheur au-delà de laquelle il est vain d'aspirer, en vertu même de ce principe de réalité auquel se heurte tout enfant sur la voie de la maturité. Ce qui vaut pour l'homme vaut pour les sociétés humaines. Ce sont surtout les difficultés qui nous mûrissent, et sur la voie de la maturité nationale, nous devons réduire à une juste mesure nos aspirations à voir le Liban enfin dégagé de ses nœuds, enfin libre, souverain, prospère, souriant.Par exemple, il est inutile d'espérer que la Syrie cesse un jour de s'ingérer dans nos affaires ;inutile de penser que nous serons quittes de...
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