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Liban

Jezzine : batailles serrées dans une atmosphère démocratique

On avait annoncé une bataille « féroce » à Jezzine, notamment dans le chef-lieu du caza. Elle l'était davantage au plan verbal et dans les discours politiques que sur le terrain, où une ambiance bon enfant régnait dans la ville même du caza qui grouillait de convois des différentes parties en lice. Dans les autres régions du caza, les batailles ont pris une tournure partisane.

Important déploiement de l’armée libanaise dans la localité de Jezzine pour assurer le bon déroulement de l’opération électorale. Photo Roula Khaled


Comme prévu, la bataille était serrée hier dans la ville même de Jezzine où le taux de participation au scrutin a frôlé les 62 %. L'opération électorale s'est déroulée toutefois dans une ambiance bon enfant et démocratique, malgré les rumeurs sur l'achat de voix par certains candidats CPL. Elle a été aussi marquée par un fort déploiement des machines électorales et l'apparition de nombreux convois des deux parties en lice.
« Vous votez à Jezzine ? Tenez les listes. Le panachage est interdit. Mettez les listes telles quelles. » À l'entrée de la ville de Jezzine, une jeune déléguée de la liste appuyée par l'ancien député Samir Azar, les Kataëb, les Forces libanaises et l'homme d'affaires Fawzi el-Asmar aborde, souriante, les électeurs potentiels. Plus loin, les représentants des deux listes (la seconde liste est appuyée par le Courant patriotique libre et M. Camille Farid Serhal, ex-colistier de M. Samir Azar lors des législatives de 2009) offrent des roses rouges, blanches ou roses aux passants. « Rien ne pourra faire plus plaisir aux gens que d'être accueillis par des fleurs, quelle que soit la partie politique à laquelle ils appartiennent, explique un délégué. Jezzine est jolie et avec les roses elle le sera encore plus. »
Sur la place publique, un marchand a étalé des fanions, des T-shirts, des casquettes et des foulards à l'effigie de tous les partis politiques. Un drapeau du Brésil flotte également parmi tout cet étalage, prochaine Coupe du monde oblige.
« Les Brésiliens et les Espagnols sont les meilleurs » lance, d'un ton badin, Salim, un électeur, à la vue d'un convoi partisan. Changeant de sujet, il reprend : « Regardez comme Jezzine est belle. C'est ainsi qu'elle doit rester. Malheureusement, on a conféré à ce scrutin une portée politique plus importante qu'elle n'en a vraiment. Jezzine n'est pas comme on le montre. C'est une seule et même famille qui doit rester loyale aux hommes qui ont tant donné pour les habitants de la ville et du caza. Et puis, le changement ne doit pas venir d'une personne ou d'une liste, mais de tous. Mais nous, en tant que chrétiens, nous devons serrer les rangs. Nous sommes devenus une minorité dans cet Orient. Au Liban, nous pouvons encore élever notre voix. Nous devons le faire, mais d'une manière efficace. »
À quelques mètres d'un bureau de vote, Jihad discute allègrement avec ses copains. « J'attends les convois qui viennent de Beyrouth pour voter », explique-t-il. Quelles considérations prendra-t-il en compte pour voter ? « Je cherche le changement, affirme-t-il. Les expériences passées étaient marquées par des erreurs et du clientélisme. Un changement est donc souhaitable. »

Batailles partisanes
Ce qui était sûr, hier, à Jezzine, c'est que les deux parties en lice avaient les mêmes chances de succès en termes de report des voix, d'où le fait que toute l'attention était focalisée sur les partisans de l'ancien député et ministre Edmond Rizk, qui pouvaient faire pencher la balance. Dans ce cadre, M. Rizk a réitéré hier qu'il avait demandé à ses partisans de faire leur choix « librement » et selon « leurs convictions ». « Personnellement, je suis engagé à soutenir ceux qui sont engagés au sein des Forces libanaises et des Kataëb, souligne-t-il. Je suis un électeur et un serviteur de Jezzine. Je ne prétends pas avoir un leadership et je ne prétends pas pouvoir trancher la bataille. C'est la confiance qui nous lie aux gens et ce sont eux qui choisissent. » Et M. Rizk d'insister : « Le matraquage qui a entouré cette bataille a eu pour conséquence de dénaturer certaines réalités. La bataille de Jezzine n'est pas une bataille politique, mais partisane. »
Quant à M. Amine Edmond Rizk, qui avait entrepris des tentatives pour former une liste consensuelle représentant les différentes parties, il explique : « On dit que ce sont les voix de nos partisans qui feront la différence, parce que nous n'avons pas pris le parti de l'une ou l'autre des listes. Mais les électeurs ont déjà fait leurs choix sur base de considérations différentes de celles prises en compte pour les législatives de 2009, lorsque l'enjeu politique était plus puissant. »

Les autres localités du caza
Le village de Aïn Majdelaïn, qui est rattaché au conseil municipal de Jezzine, compte près de 900 voix. Le village est en majorité de la famille Hélou (famille du député CPL Michel Hélou), ce qui ferait probablement pencher la balance en faveur de la liste appuyée par le CPL.
D'autres batailles à caractère plutôt familial étaient menées hier dans plusieurs autres villages de Jezzine. À Sfaray, deux listes étaient en lice. La première formée du conseil actuel de la municipalité, appuyée par le Courant patriotique libre et les Forces libanaises, la seconde, représentant les différentes familles du village et soutenue par les Kataëb. « Je suis un sympathisant du CPL et je peux vous affirmer que la liste adverse n'est pas vraiment soutenue par le CPL, lance Maroun. D'ailleurs, la bataille ici est familiale. La politique ne joue aucun rôle. Les habitants de ce village veulent le développement. Nous voulons que les familles s'entendent pour qu'ensemble, on œuvre pour le développement de la localité. »
À Roum, le clan chiite a informé ses candidats, bénéficiant d'un consensus chiite, que la bataille se déroulait entre chrétiens.
Le village de Kfarhouna a été le théâtre d'un clivage entre la base du CPL et la direction politique du parti, qui penchait pour une prorogation du mandat du conseil sortant de la municipalité, une option rejetée par les familles du village qui ont opté pour une deuxième liste, soutenue par les FL et les Kataëb, faisant face à celle proposée par la direction politique du CPL et les députés aounistes de Jezzine. Le même scénario s'est produit à Bkassine, où le coordinateur du CPL dans le caza de Jezzine, Habib Farès, s'est allié aux Kataëb, aux FL et aux familles pour former une liste qui a croisé le fer avec celle formée par le directoire et les députés du CPL à Jezzine.
À Lebaa, les tentatives d'aboutir à une liste consensuelle ont échoué. Deux listes étaient ainsi en lice, la première représentant la majorité des familles du village, coprésidée par Joseph Raad et Camille Farès, et la deuxième présidée par le président sortant du conseil municipal, Maroun Romanos.

Comme prévu, la bataille était serrée hier dans la ville même de Jezzine où le taux de participation au scrutin a frôlé les 62 %. L'opération électorale s'est déroulée toutefois dans une ambiance bon enfant et démocratique, malgré les rumeurs sur l'achat de voix par certains candidats CPL. Elle a été aussi marquée par un fort déploiement des machines électorales et l'apparition de nombreux convois des deux parties en lice.« Vous votez à Jezzine ? Tenez les listes. Le panachage est interdit. Mettez les listes telles quelles. » À l'entrée de la ville de Jezzine, une jeune déléguée de la liste appuyée par l'ancien député Samir...
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