Une foule en colère a défilé hier dans les rues de Lahore protestant contre Facebook et les informations anti-islam qu’il véhicule. Arif Ali/AFP
Mercredi, sur une requête en référé d'un groupe d'avocats, la Haute Cour de Lahore (Est) avait ordonné aux autorités de bloquer l'accès à Facebook jusqu'au 31 mai, date de l'audience qui jugera l'affaire sur le fond. Aussitôt, le gouvernement avait ordonné à tous les fournisseurs d'accès à l'Internet de « bloquer l'accès au site www.facebook.com jusqu'à nouvel ordre (...) en vertu du jugement ». Puis hier, c'était au tour de YouTube, le site Internet de partage de vidéos. Les autorités ont ordonné à tous les fournisseurs d'accès de « fermer le site Internet www.youtube.com en raison de la multiplication de contenus sacrilèges », en se référant également à des dessins du prophète. « Nous condamnons fermement la publication de caricatures blasphématoires de notre saint prophète sur Facebook, ces attaques malveillantes et insultantes blessent les musulmans dans le monde entier », déclarait un peu plus tard à la presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdul Basit.
Aux États-Unis, Facebook s'est dit mercredi soir dans un communiqué « très déçu par le jugement de la Cour (de Lahore) de bloquer » son site « sans avertissement ». « Nous analysons la situation et les implications judiciaires et nous prendrons les mesures appropriées, qui pourraient inclure l'impossibilité pour les usagers au Pakistan d'accéder » aux pages incriminées, a cependant promis Facebook depuis son siège de Palo Alto, en Californie.
L'islam interdit strictement de représenter ou de dépeindre d'une quelconque manière Mohammad. Les violentes protestations déclenchées dans nombre de pays musulmans dès 2006 par la publication de caricatures du prophète dans des journaux danois, puis d'autres pays d'Europe, avaient culminé le 2 juin 2008 au Pakistan : un attentat-suicide contre l'ambassade du Danemark à Islamabad avait fait huit morts, dont un Danois. L'attaque avait été revendiquée par el-Qaëda en représailles à la publication des caricatures. Les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, fief des talibans, sont les principaux sanctuaires du réseau d'Oussama Ben Laden.
À Strasbourg, le Parlement européen a demandé hier au Pakistan de faire davantage pour garantir les droits de ses minorités religieuses et de « revoir en profondeur » ses lois sur le blasphème, car elles ouvrent la voie selon lui à « tous les abus ». « J'y travaille, ce sera fait d'ici à la fin de cette année », a affirmé à l'AFP le ministre pakistanais chargé des minorités, Shahbaz Bhatti.


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