Mardi, une camionnette bringuebalante comme il y en a tant sur les routes du pays, chargée de 700 kilos d'explosifs, a foncé droit sur un convoi militaire de l'OTAN ayant à sa tête le colonel canadien Geoff Parker, qui venait d'emprunter la voie de Dar ul-Aman, non loin du camp Julien. Hier matin, c'était au tour de Bagram, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, de subir un assaut en règle, lancé par des kamikazes contre cette base, la plus grande de l'ISAF. Survenant huit mois après des élections perçues comme entachées d'irrégularités, les deux attaques s'inscrivent dans la droite ligne d'une série noire qui menace d'être longue et coûteuse en hommes, en argent, en matériel.
En début de mois, les étudiants en théologie avaient annoncé une contre-offensive qui prendrait pour cibles « les envahisseurs yankees, les espions se faisant passer pour des diplomates, les fantoches de l'administration Karzaï ainsi que les militaires de l'organisation atlantique ». On vient de voir que les mesures de sécurité, considérablement renforcées depuis, surtout à Kaboul, n'ont pas eu beaucoup d'effet face à des engins piégées, de plus en plus puissants et meurtriers. En rendant publique sa décision d'envoyer sur place 30 000 hommes supplémentaires, Barack Obama avait demandé à ses concitoyens de s'attendre à des pertes plus lourdes. Plus grave, dans les provinces qu'ils continuent de contrôler, les talibans ont pris soin de mettre en place de véritables « administrations de l'ombre » qui terrorisent et rançonnent les paysans, empêchent les rares policiers de faire leur travail et contribuent à préparer la vaste offensive annoncée pour le mois prochain.
Les forces de l'ordre dont Washington tente d'étoffer les rangs ? Parlons-en ! Illettrés pour la plupart (près de 80 pour cent), accros à l'opium (15 pour cent), anciens criminels même pas repentis, espions à la solde de l'armée de l'ombre, les recrues désespèrent leurs instructeurs, plutôt rares. En charge de la supervision des programmes de formation, le général Richard Mills reconnaît que les progrès accomplis dans ce domaine sont insignifiants mais - histoire sans doute de ne pas démoraliser les siens - constituent malgré tout « une avancée encourageante ».
Il y a surtout les défaillances des services de renseignements occidentaux, incapables à ce jour d'établir des réseaux d'espions efficaces, encore moins d'établir le contact avec les officiels afghans. L'administration locale, elle, est inexistante : gouverneurs désertant leurs bureaux, policiers à temps partiel, agents de l'ordre pourris. Autant de déficiences dont on constate les effets sur le terrain : en trois mois, le nombre d'engins piégés artisanaux (les redoutables IED, pour Improvised Explosive Devices) a plus que triplé. Dès lors, accroître le nombre de soldats ne représente pas la solution. Dans son rapport biannuel soumis au mois d'avril dernier, le général Stanley McChrystal se contente d'énoncer une désespérante lapalissade. « La situation est sérieuse, affirme-t-il. Nous sommes confrontés à une rébellion en plein développement. » Un sujet de réflexion propre à égayer les nuits sans sommeil des stratèges de Washington.
Hamid Karzaï a déjà établi ses propres conclusions : « Cette guerre, à l'en croire, ne peut pas être gagnée militairement ; il faut tendre la main à nos adversaires traditionnels si nous voulons ramener la paix. Cela, les puissances occidentales ont fini par le comprendre. » Il faut espérer que talibans en feront de même, ce qui ne paraît pas évident jusqu'à ce jour.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef