Une « rouge » en pleurs après la reddition des chefs de l’opposition.Pornchai Kittiwongsakul/AFP
Des colonnes de fumée, provenant aussi de nombreux pneus incendiés, se dégageaient au-dessus de la capitale thaïlandaise, où l'armée a imposé un couvre-feu. Cette mesure a ensuite été décrétée dans « 23 provinces supplémentaires », essentiellement situées dans le Nord et le Nord-Est, pour tenter de prévenir toute contagion dans ces régions agricoles et plutôt pauvres d'où sont originaires de nombreux « rouges » qui ont manifesté à Bangkok. Dans le Nord-Est, des manifestants ont d'ailleurs incendié deux bâtiments de gouvernements provinciaux, selon les autorités locales. Des heurts ont également été signalés à Chiang Mai (Nord).
Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva, dont les « rouges » réclamaient la démission, a appelé dans la soirée la population à lui faire confiance. « Mon gouvernement et tous les responsables ont la ferme intention de dépasser cette crise », a-t-il déclaré à la télévision, ajoutant : « Nous ramènerons ensuite la paix dans le pays et nous nous relèverons. » Le gouvernement a reconnu que certaines parties de Bangkok n'étaient pas sous contrôle. « Cette nuit sera une nouvelle nuit de souffrances », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Panitan Wattanayagorn, alors qu'une unité d'élite de la police a été autorisée à tirer à vue sur les pillards ou émeutiers.
L'armée avait donné l'assaut tôt le matin dans le centre de Bangkok en envoyant des blindés et des centaines de soldats pour mettre un terme à l'occupation par les « rouges » d'un quartier touristique et commercial huppé. Après deux mois de manifestations et négociations sans résultat, les militaires ont neutralisé la zone en quelques heures, au milieu d'échanges de tirs d'armes automatiques et de grenades. Six personnes ont été tuées lors des opérations, dont un journaliste italien, selon la police. Et 58 personnes ont été blessées, dont au moins deux autres reporters, un Néerlandais et un Canadien.
Les leaders des manifestants ont annoncé peu après qu'ils allaient se rendre aux autorités, dans une intervention chargée d'émotion sur la scène située au milieu de la zone rouge. « Je sais que vous souffrez. Certains d'entre vous sont sans voix. Mais nous ne voulons pas plus de morts », a déclaré Jatuporn Prompan, en larmes. « Nous allons échanger notre liberté contre votre sécurité. Nous avons fait tout ce que nous pouvions (...). Je demande à tout le monde de rentrer chez soi », a renchéri Nattawut Saikuar. Au moins un des leaders s'est enfui. D'autres se sont rendus à la police, alors que les manifestants se dirigeaient vers les sorties du camp retranché. L'émotion avait été très vive toute la matinée dans le camp où, au moment de l'assaut, des chanteurs ont entonné des chants de lutte. Une banderole « Arrêtez de tuer le peuple » avait été accrochée à proximité de la scène.
Les autorités avaient mis fin dans la nuit aux perspectives de reprise des négociations, rompues il y a une semaine lorsque le Premier ministre avait annulé sa proposition d'organiser des élections anticipées à la mi-novembre, exaspéré par les exigences sans cesse plus élevées des « rouges ».


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