Paysage du Yémen.
On ne présente plus ce photographe star de la scène artistique libanaise, au talent également reconnu à l'international (les distinctions qui lui ont été décernées par Reuter, Paris-Match, le PNUD ou encore le ministère français de la Culture en témoignent). Sauf qu'il a beau être connu et reconnu, son travail ne manque pas, à chaque nouvelle exposition, de surprendre. Et de captiver.
La série « Vents d'est, vents d'ouest » qu'il présente, en l'occurrence chez Alice Mogabgab, ne déroge pas à cette règle.
Rapportées de ses voyages en Chine, en Inde, au Maroc, en Turquie, en Iran, au Yémen et en Égypte, les photographies accrochées - dans lesquelles se sont aussi glissées quelques vues libanaises - ne font pas dans l'exotisme voyageur, même si elles transportent le visiteur sous d'autres latitudes. Elles démontrent plutôt, au-delà de réelles prouesses techniques, d'un œil plein d'humanité chez cet artiste.
En effet, c'est un autre regard que pose Roger Moukarzel sur les sites visités, les personnes croisées au cours de ses pérégrinations, les pays parcourus. Un regard qui capte des détails inédits, fait ressortir les expressions des visages par-delà les couleurs, les ornements ou les contre-jours et cadre, avec une magnifique tendresse, ses sujets : êtres humains ou lieux de vie. Êtres dans des lieux.
Ce magicien de l'image sait d'instinct capturer dans son viseur la scène, l'attitude, le décor même, qui évoquent la particularité ethnique ou patrimoniale d'un peuple, son intrinsèque lien avec sa terre et son environnement, et sa dignité d'homme.
Comme le signale l'historienne d'art Pascale Chucri, « chacune de ses photographies met en relation l'homme et ses activités, son milieu ou son paysage ; chacune est porteuse d'échanges de cultures, de couleurs, de saveurs, de parfums, de musiques, entre l'est et l'ouest ».
Des tisseuses de tapis iraniennes, éloquemment immortalisées alignées de dos, à la maternité triomphante d'un duo de femmes également iraniennes et en tenue traditionnelle, en passant par de superbes portraits de Marocains (des visages recueillis, intemporels, évoquant des peintures de La Tour), l'allègre puissance des jeunes gens en atours de fêtes en Chine, la transe des derviches tourneurs aux robes en corolles colorées en Turquie, la spiritualité inhérente à l'âme indienne, illustrée aussi bien à travers l'offrande d'une petite fille dans un temple, ou ce voile de mélancolie sur le visage d'une jeune femme participant à des festivités à Jaipur... Les photographies de Moukarzel sont empreintes des convictions de cet homme, qui semble éprouver le besoin d'offrir - et de s'offrir - ponctuellement autre chose que des images de magazine ! Un artiste qui cherche ici à capter l'aura des hommes et des lieux, ce qui chez les premiers et les seconds transcende les contingences matérielles. Ce qui rapproche, unit et réunit : L'aube et La nuit (dans le désert marocain), La vallée de la Qadisha et Les terrasses du Yémen qui, accrochées côte à côte, semblent se compléter dans un même accent mis sur cette perspective brumeuse qui rappelle le Sfumato de Léonard de Vinci, les correspondances entre les éléments (Beyrouth ou la réflexion des minarets sur des galets), l'universalité des émotions et des sentiments humains...
En jet d'encre sur papier photographique, des photos, sans aucune retouche, de moyennes et grandes dimensions, tirées chacune à trois exemplaires, qui sont tout simplement d'une grande beauté.
Jusqu'au 28 mai, une belle sélection à ne pas manquer !
* Rue Achrafieh, imm. Karam (Noura, face ABC), 1er étage. Horaires d'ouverture : du lundi au samedi, de 10h00 à 19h00. Tél. : 03/210424.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve