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Liban - Le Commentaire

L’armement reste, le déséquilibre aussi...

Le président de la République déclare que l'armement du Hezbollah est maintenu, en l'absence d'une stratégie de défense et avec la persistance des menaces israéliennes. Cela signifie que le sujet est pratiquement rayé de l'ordre du jour du comité national de dialogue. Le chef de l'État répond ainsi aux vœux du Hezbollah et d'Amal. Au mieux, le débat ne pourra plus porter que sur cette stratégie de défense illusoire tant que la milice restera en mesure, grâce à son autonomie et à son potentiel militaire, de décider unilatéralement de la guerre et de la paix, comme en juillet 2006. D'ailleurs, rien n'indique à ce jour qu'il y ait une entente possible entre les participants sur la coordination entre l'armée, les FSI et le Hezbollah dans le cadre d'une confrontation avec l'ennemi, dont les menaces ne semblent pas, non plus, devoir cesser de sitôt. Ce qui fait que l'armement du Hezbollah semble de fait appelé à être maintenu jusqu'à cette improbable paix globale que la région attend depuis 64 ans. C'est ce que, du reste, le Hezbollah a toujours dit.
Du coup, le déséquilibre dans les rapports de force politiques internes, causé par l'épée de Damoclès de l'arsenal milicien et que le 7 mai ainsi que ses conséquences directes, dont le retournement de Joumblatt et Doha, ont bien marqué, ne va pas non plus s'effacer de sitôt. La majorité issue des législatives ne pourra toujours pas gouverner et la minorité continuera à contrôler le pouvoir par défaut en le minant de l'intérieur, pour empêcher l'émergence d'un État libanais digne de ce nom, indépendant, souverain, maître du territoire, affranchi de tout assujettissement à la Syrie comme à l'Iran. Sous prétexte de démocratie consensuelle, cet antonyme de la démocratie tout court, et sous couvert de cabinets dits d'union qui restent, en réalité, des gouvernements de désunion, l'État restera donc indéfiniment paralysé. On voit ainsi que même dans les questions mineures, l'Exécutif montre un manque total de cohésion. Un déficit causé, il convient de le relever, autant par le système de copartage confessionnel que par l'armement milicien. De ce fait, le tandem Amal-Hezbollah impose sinon ses exigences, du moins ses contre-volontés à toutes les parties locales, alliés compris. Le premier indice ayant consisté, lors de la longue crise de la présidentielle, à proclamer le rejet absolu de tout candidat qui ne s'engagerait pas à protéger la Résistance et son armement.
Dans une missive à la France, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, écrivait en 2005 : « L'armement de la Résistance constitue une force de protection dont le Liban ne peut se départir sous aucune pression ni sous aucune menace. Car les Libanais se retrouveraient à la merci de ce feu israélien subi durant des lustres. Ils en perdraient la liberté, l'indépendance et le droit de décider de l'avenir de leur pays, comme de promouvoir ses chances d'évolution. » Nasrallah relevait ensuite que « la diplomatie israélienne court les quatre horizons du monde pour faire inscrire le Hezbollah sur la liste du terrorisme. Elle tente de frapper la légitimité juridique de la Résistance, en bénéficiant du franc appui des États-Unis et de certains sympathisants, avec le concours actif d'un lobby sioniste répandu partout et qui dispose d'un potentiel financier ou médiatique connu ».
Mais la réponse française, donnée à retardement, ne répondait pas tout à fait aux attentes du Hezbollah. En effet, sortant d'un entretien avec des pôles de ce parti lors d'une visite au Liban après les dernières législatives, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, affirmait que « dans les sociétés démocratiques, des élections parlementaires produisent une majorité qui gouverne et une minorité qui s'oppose ». Et pas de méli-mélo. Ce à quoi, un porte-parole du Hezbollah s'était empressé de répondre que « ce schéma a cours dans les sociétés homogènes et non dans les sociétés confessionnellement pluralistes comme au Liban, qui adopte donc un régime de représentation communautaire, avec ce que cela exige de démocratie consensuelle. La règle de la majorité et de la minorité ne s'applique donc pas dans le système pluraliste confessionnel libanais ». Avec en filigrane, et aujourd'hui plus que jamais, le sens forcé que les armes du Hezbollah, qui menacent toujours de se tourner vers l'intérieur, donnent au mot consensus...
Ce qui rappelle la fameuse boutade attribuée à un officiel syrien s'adressant aux Libanais, du temps de la tutelle : « Ce qui est à nous est bien à nous ; et ce qui est à vous est à vous et à nous. » Un principe de partage qui prévaut toujours, par prosyriens interposés, dans le cadre de cet arrangement de Doha concocté d'ailleurs par Damas. Le Liban se retrouve en effet avec des gouvernements qui englobent, contre toute logique démocratique, la minorité, qui a de plus le pouvoir de contrer toute initiative des loyalistes. Du fait de cette hérésie collatérale, mais fondamentale, qui veut que toute décision soit obligatoirement prise à l'amiable, sans recours au vote. Ce qui revient à dire que rien de ce qui ne conviendrait pas à l'ancien tuteur ou à la milice armée, ou à ses fidèles acolytes, ne peut passer.

Le président de la République déclare que l'armement du Hezbollah est maintenu, en l'absence d'une stratégie de défense et avec la persistance des menaces israéliennes. Cela signifie que le sujet est pratiquement rayé de l'ordre du jour du comité national de dialogue. Le chef de l'État répond ainsi aux vœux du Hezbollah et d'Amal. Au mieux, le débat ne pourra plus porter que sur cette stratégie de défense illusoire tant que la milice restera en mesure, grâce à son autonomie et à son potentiel militaire, de décider unilatéralement de la guerre et de la paix, comme en juillet 2006. D'ailleurs, rien n'indique à ce jour qu'il y ait une entente possible entre les participants sur la coordination entre...
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