Parallèlement, un sommet tripartite, traitant de l'Irak comme des Palestiniens, a rassemblé à Ankara le président turc Abdallah Gül, flanqué de son Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et, en même temps, le président syrien Bachar el-Assad et l'émir de Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani. La présence sollicitée de ce dernier prouve quelle notable dimension diplomatique cette petite principauté du Golfe a su acquérir.
Il y a eu, enfin, le débarquement de Dmitri Medvedev à Damas. Cette démarche, la première d'un président russe, est moins liée à l'actualité régionale, pour brûlante qu'elle soit, qu'à une nouvelle stratégie diplomatique russe globale visant à se positionner derechef comme superpuissance et à avancer ses pions dans toute zone importante pour le rival américain, le Moyen-Orient pétrolier ou conflictuel en tête.
Mais la Russie, qui fait partie du quartette ainsi que de tous les comités appelés à régler les dossiers internationaux, comme le nucléaire iranien ou nord-coréen, se soucie beaucoup, autant que les Américains sinon plus, de prévenir les risques, désormais marqués, d'une explosion au Moyen-Orient. Elle soutient donc les efforts de George Mitchell. D'autant plus qu'avec la Chine, elle cherche à protéger l'Iran, son voisin, d'une frappe qui provoquerait à coup sûr un éclatement régional débutant éventuellement par une nouvelle confrontation entre le Hezbollah et Israël. De même, la Russie s'efforce de prévenir un accrochage entre les Israéliens et le Hamas palestinien. L'on a pu ainsi entendre le président russe inviter ouvertement le chef politique de ce parti, Khaled Mechaal, rencontré à Damas où il est installé, à libérer le soldat israélien Gilad Shalit, prisonnier du Hamas. En outre, Moscou, qui est tout à fait contre les colonisations et les atteintes aux droits des Palestiniens, soutient à fond les efforts de Barack Obama et de George Mitchell pour les faire cesser à Jérusalem-Est. L'émissaire US solliciterait, pour mieux réussir, l'aide syrienne au cours d'une prochaine visite à Damas, suivie d'un passage à Beyrouth, où deux de ses adjoints ont déjà pointé.
Dans ce contexte, les entretiens que le président du Conseil, Saad Hariri, doit avoir à la Maison-Blanche, à la fin du mois en cours, avec le président Obama porteront bien plus sur les menaces qui pèsent sur la paix régionale que sur des considérations libanaises internes. Le chef du gouvernement doit également voir le vice-président US, la secrétaire d'État et le conseiller à la Sécurité nationale, ainsi que bien d'autres responsables américains. Il aura la tâche délicate de plaider pour l'armement du Hezbollah. En mettant en avant, sans doute, l'argument majeur d'une protection préventive assurée à travers l'équilibre de la terreur dissuasif que les missiles de ce parti imposent à l'agresseur potentiel israélien.
Cela étant, comme son bureau de presse l'a précisé, le président Hariri n'applaudit pas les Scud, si tant est qu'il y en ait eu, et place avant tout, ajoute le communiqué, cet intérêt national du Liban que l'exacerbation des tensions régionales ne sert pas.
Une mise au point d'autant plus facile que Damas a formellement démenti avoir livré de tels missiles au Hezbollah. Nombre d'observateurs locaux estiment, de leur côté, que la nouvelle sur les Scud relève d'une opération d'intox israélienne destinée à justifier une éventuelle attaque contre le Hezbollah. Selon ces observateurs, l'attaque pourrait avoir lieu entre juillet et septembre, en été donc, en ciblant principalement la Békaa. Face au danger, le président Michel Sleiman ne cesse d'insister auprès des pôles locaux de tous bords pour qu'ils en prennent bien conscience et travaillent ensemble à renforcer l'unité interne. Le régime les invite donc à traiter leurs différends entre quatre murs, dans le cadre des institutions, et non par des échanges incendiaires d'accusations dans les médias.

