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Liban - Éclairage

De paris perdus en effets boomerang

Certes, aucune élection ne ressemble à l'autre. Cependant, l'on peut dire que la deuxième étape des élections municipales à Beyrouth et dans la Békaa a reproduit dimanche, par certains aspects, les mêmes schèmes que la phase précédente, au Mont-Liban.
Si la bataille avait en effet essentiellement un caractère familial, elle a néanmoins été, comme à Jbeil, au Metn et au Kesrouan, un indicateur puissant de la géographie politique du pays, un an après les législatives 2009.
Comme à Jbeil, où la bataille avait été également politisée par le chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, la bataille (surréaliste; démesurée ; ubuesque ?) des moukhtars dans la première circonscription de la capitale a nettement tourné à l'avantage du 14 Mars, qui emporte les quatre sièges de Saïfi et les douze d'Achrafieh, mais qui concède sept des douze sièges de Rmeïl à l'alliance Tachnag-CPL. Pas de tsunami orange dans la capitale cette fois non plus pour Michel Aoun, qui essuie un revers supplémentaire, en n'emportant que 7 moukhtars sur les 28 en jeu (la circonscription de Médawar ayant fait l'objet d'un consensus similaire à celui des législatives). Même la victoire à l'arraché du CPL à Rmeïl ne lui appartient pas vraiment, compte tenu de la force électorale que le Tachnag a toujours constituée historiquement dans cette localité de la première circonscription de Beyrouth.
Outre la lecture poliorcétique de cette nouvelle défaite aouniste dans la capitale (l'alliance CPL-Hezbollah prouve une fois de plus qu'elle est surtout confinée à un phénomène de banlieue par opposition au 14 Mars, qui est surtout puissant dans la ville), il convient de noter, sur le plan politique, la persistance aouniste à rester dans le déni, sans vouloir décrypter les résultats des scrutins, et à maintenir ses troupes dans un état d'euphorie permanente, selon lequel, grosso modo, le fait de mener la bataille est d'ores et déjà en soi synonyme de victoire, quels que soient les résultats à l'arrivée. Qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il vente donc, le CPL est toujours vainqueur - tout comme le chef a toujours raison. Preuve en est, la position du député Nabil Nicolas, qui contestait hier les résultats d'Achrafieh et de Rmeïl, et déclarait que son parti l'avait « emporté » dans la capitale, élaborant illico presto une nouvelle grille de lecture adaptée à la circonstance pour expliquer comment et selon quels paramètres ladite « victoire » a été obtenue... S'il décide de continuer à ignorer les données empiriques qui lui sont délivrées au terme de chaque scrutin, et à moins de procéder à froid à une relecture des raisons qui sont à l'origine de sa chute vertigineuse, le CPL risque de se retrouver bientôt complètement prisonnier d'une obscure logique messianique qui veut que sa pseudovictoire continuelle soit insoumise aux contingences électorales ; qu'il s'agit d'une « victoire » qui n'est « pas de ce monde », c'est-à-dire détachée du réel, de tout axe spatio-temporel... purement imaginaire, et délirante.


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Toujours dans la capitale, le Courant du futur a remporté, lui, l'objectif fixé dans sa cryptobataille au niveau du conseil municipal : préserver la parité islamo-chrétienne et prouver qu'il n'y a quasiment pas d'opposition sunnite, dans les proportions voulues par le camp syro-iranien.
Dans une autre zone où il a voulu donner une dimension de césarisme plébiscitaire à sa participation, en l'occurrence Zahlé, le CPL était écarté d'office de la joute par son ex-allié, l'ancien député Élias Skaff - qui a obtenu sa vengeance par rapport à 2009 sur le 14 Mars en obtenant 19 des 21 sièges du conseil contre deux seulement pour la coalition majoritaire (percées effectuées par Assaad Zgheib et Maha Maalouf). Le parti a donc dû revoir ses ambitions à la baisse. Et malgré ce « minimalisme » forcé, le candidat aouniste indépendant, qui devait faire l'objet d'un « référendum » selon Michel Aoun, n'a pas vraiment réussi à se démarquer de la manière attendue. Encore un pari perdu pour le général orange.
Même si Élias Skaff affirme que les résultats de Zahlé « dépassent le clivage traditionnel 14 Mars-8 Mars » - une manière de ramener la ville dans le giron des notabilités, loin des rivalités partisanes -, il reste que, stratégiquement, la perte de la ville de Zahlé est un coup dur pour le 14 Mars (qui remporte par ailleurs plusieurs autres victoires dans la circonscription, comme à Qobb Élias ou Ferzol). D'aucuns y voient, sur le plan stratégique, le signe d'un retour d'une certaine influence syrienne sur le pays. C'est en tout cas l'analyse de l'ancien vice-président de la Chambre, Élie Ferzli, selon qui le scrutin de dimanche à Zahlé et dans la Békaa-Ouest visait, dans la perspective syrienne, à annuler les résultats des dernières élections - à savoir des victoires obtenues par le 14 Mars dans des contrées trop périphériques de Damas - et à ébranler aussi le leadership sunnite de Saad Hariri. Cela expliquerait en tout cas l'intervention en puissance du général Jamil Sayyed dans les élections de Zahlé, qui, après avoir nié constamment l'existence d'une cellule d'opérations sous sa direction dans la ville, a finalement fait une sorte de coming out magistral hier, en appelant « les députés chrétiens de la circonscription, délégitimés, à démissionner ». Mais la victoire d'Élias Skaff est aussi due à une série d'erreurs électorales importantes commises par le 14 Mars : manque de coordination, choix des candidats, querelles intestines, etc.
S'il faudra attendre les chiffres officiels pour procéder à une analyse des résultats dans les deux circonscriptions de la Békaa, il convient cependant de s'arrêter sur quelques phénomènes qu'il sera intéressant d'étudier plus en détail dans les jours à venir : l'existence d'un vote de défiance par rapport à la coalition Amal-Hezbollah, qui s'est exprimé dans certains villages chiites de Zahlé (Hezerta), de la Békaa-Ouest (Laboué, entre autres) et du Hermel, mais aussi et surtout la défaite du 14 Mars, certes à Machghara, Kherbet Kanafar et Saghbine, mais aussi et surtout à Jebb Jennine, dans une circonscription remportée par la majorité en 2009.
Encore une fois, aussi bien le CPL que le 14 Mars devront tirer les leçons d'un scrutin excessivement riche, en dépit de taux de participation peu élevés.


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Au terme d'une semaine de répit, les regards seront tournés, le 23 mai, sur le Liban-Sud, pour la troisième phase des municipales, avec deux centres d'attention principaux : Saïda, où les contacts se poursuivent d'une manière intensive pour éviter une bataille entre le Courant du futur et le 8 Mars, et Jezzine, où le CPL, grand vainqueur des dernières législatives dans cette région, devra faire face à un nouveau test face à l'alliance entre l'ancien député Samir Azar, l'ancien ministre Edmond Rizk, les Kataëb et les Forces libanaises. Mais il faudra également suivre le vote de défiance à l'égard de l'alliance Amal-Hezbollah dans les grandes agglomérations chiites, qu'il s'exprime aussi bien passivement, par un fort taux d'abstention par exemple, ou activement, dans les urnes.

Certes, aucune élection ne ressemble à l'autre. Cependant, l'on peut dire que la deuxième étape des élections municipales à Beyrouth et dans la Békaa a reproduit dimanche, par certains aspects, les mêmes schèmes que la phase précédente, au Mont-Liban.Si la bataille avait en effet essentiellement un caractère familial, elle a néanmoins été, comme à Jbeil, au Metn et au Kesrouan, un indicateur puissant de la géographie politique du pays, un an après les législatives 2009.Comme à Jbeil, où la bataille avait été également politisée par le chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, la bataille (surréaliste; démesurée ; ubuesque ?) des moukhtars...
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