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Municipales 2010 : l'enjeu

Zahlé, bataille pour « l’honneur bafoué » des Skaff...

De toutes les (rares) batailles de ces élections municipales, celle de Zahlé s'annonce la plus féroce. Elle n'a pas seulement une dimension politique claire opposant les forces du 14 Mars à l'ex-opposition, mais elle revêt aussi un aspect bien particulier, en mettant en évidence de grandes divergences entre les alliés d'hier, entre l'ancien ministre et député Élias Skaff et le CPL du général Michel Aoun, d'un côté, et entre les forces du 14 Mars et le député Nicolas Fattouche, de l'autre.
Une redistribution totale des cartes donc, avec en toile de fond la bataille d'un homme, Élias Skaff, pour reconquérir ce qu'il appelle « son honneur et celui de sa ville », bafoués.
Les Zahliotes sont loin d'être un peuple pacifiste. Le sang chaud, ils s'enflamment pour un rien et adorent agrémenter leurs moindres conversations d'épithètes très peu flatteuses. Pour un oui ou pour un non, les insultes peuvent pleuvoir et les coups suivent dans la plupart des cas. Mais de l'avis des habitants eux-mêmes, pour ces élections municipales, le climat est plutôt pourri. Entre les différents courants politiques et autres, la tension est extrême et les Zahliotes s'apprêtent à se rendre dimanche aux urnes comme s'ils allaient à la guerre, mais en rangs désunis.
Officiellement, trois listes (de 21 membres chacune) et un candidat isolé se disputent les quelque 70 000 électeurs inscrits sur les listes de la ville. La première est celle de l'actuel chef de la municipalité Assaad Zogheib. Jadis allié d'Élias Skaff, Assaad Zogheib est désormais appuyé par les forces du 14 Mars, notamment les Kataëb et les Forces libanaises, à la suite d'une dispute homérique entre les deux hommes, Zogheib voulant proposer à Skaff une liste d'entente et une alliance avec les ennemis d'hier. L'ancien ministre et député s'en est vivement offusqué et la rupture a été consommée entre eux. Zogheib s'est ainsi rabattu sur les Kataëb et les Forces libanaises. Les premiers lui ont imposé trois membres sur sa liste et les Forces libanaises, qui ne veulent pas se mettre en avant dans cette bataille, ont choisi un sympathisant. Sur la liste aussi, des représentants des principales familles de la ville et un ancien journaliste, Nagib Khazzaka. À travers Assaad Zogheib, le 14 Mars cherche essentiellement à confirmer sa victoire aux législatives, où toute sa liste a été élue. Il voudrait ainsi dissiper les rumeurs ayant attribué cette victoire à un transfert massif de voix sunnites, etc.
La seconde liste est formée par Élias Skaff et lui tout seul. Elle est purgée de toute présence partisane et est destinée à confirmer le leadership de Skaff à Zahlé. L'ancien ministre et député a en effet très mal vécu son échec, avec toute sa liste, aux législatives de 2009. Dans son analyse de cette défaite, il estime que non seulement il y a eu un transfert de voix sunnites dans le caza, mais aussi un certain laisser-aller de la part de ses propres alliés, qui, selon lui, ont multiplié les conditions sans les efforts, et il s'est retrouvé à mener la bataille seul, avec des poids lourds accrochés à sa taille. Car, selon son analyse, les Zahliotes n'aimeraient pas trop les partis politiques et sont très jaloux de leur propre leadership. Ils n'auraient ainsi pas apprécié le fait que l'annonce de la liste Skaff aux législatives s'est faite à partir de Rabié. Pour toutes ces raisons et pour d'autres, Skaff souhaite donc mener cette fois la bataille avec les familles de la ville, loin de toute influence politique. En dépit des efforts déployés pour le pousser à s'allier au député Nicolas Fattouche, qui a pris ses distances avec le 14 Mars, et ceux déployés notamment par l'ancien vice-président de la Chambre Élie Ferzli, pour qu'il s'allie au CPL, Skaff est resté sur sa position, formant une « liste de familles », présidée par Joseph Diab Maalouf. Selon des sources proches des Skaff, cette position hostile aux partis a déjà relevé sa popularité auprès des Zahliotes. Les milieux des Skaff estiment en tout cas que la bataille de Zahlé est vitale, car c'est elle qui déterminera le véritable leadership de la ville et permettra à « Élias Bey » de prendre la revanche de juin 2009. D'autant que le bey n'a pas apprécié la traversée du désert qui a suivi les élections législatives, estimant que ses propres alliés ne se sont pas suffisamment battus pour lui, notamment dans le cadre de la table de dialogue.
Dans les calculs de Skaff, son refus de s'allier aux partis ou à Fattouche n'est pas trop risqué car de toute façon, Fattouche veut prendre sa revanche du 14 Mars et ses voix devraient aller à sa liste, alors que les voix du CPL ne peuvent pas non plus aller à la liste du 14 Mars. La bataille n'est en tout cas pas facile, mais le bey veut la mener pour l'honneur. Il veut gagner seul, mais s'il perd, il le sera tout autant.
Troisième acteur dans cette bataille, tantôt cornélienne et tantôt shakespearienne, une nouvelle liste annoncée il y a quelques jours et menée par Walid Chouéri. Officiellement, il s'agit aussi d'une liste de familles et son identité politique est encore assez floue. Dans les milieux politiques zahliotes, on affirme que l'ancien député Youssef Maalouf serait derrière cette liste et en assurerait en partie le financement. Pour l'instant, les membres de la liste ciblent leur campagne contre Assaad Zogheib, mais on ignore en définitive à qui elle arrachera des voix, à la liste du bey ou à celle du 14 Mars...
Le dernier acteur est un candidat isolé, l'ingénieur Antoine Abou Younès, membre déclaré et pionnier du CPL à Zahlé. Le général Michel Aoun a tenu à ce qu'il présente sa candidature pour que le CPL soit présent dans ces élections et il a appelé les Zahliotes à voter en sa faveur pour « plébisciter » la présence du CPL dans cette ville hautement symbolique, notamment sur le plan de la présence chrétienne dans un environnement musulman. Ne voulant pas défier Skaff, Aoun a donc présenté un seul candidat dans une bataille de principe.
Tout au long de la campagne, heureusement courte, les protagonistes ont axé leurs programmes sur le développement de la ville, mais au-delà des slogans traditionnels, c'est une bataille décisive qui se joue, pour ou contre les partis, pour ou contre le leadership de Skaff, et enfin pour ou contre l'alignement politique. À quelques jours du scrutin, Zahlé vit des heures cruciales, mais quels que soient les résultats de ces élections municipales, ils marqueront l'étape à venir et laisseront des traces dans les alliances passées, présentes et futures des différents protagonistes.
Une redistribution totale des cartes donc, avec en toile de fond la bataille d'un homme, Élias Skaff, pour reconquérir ce qu'il appelle « son honneur et celui de sa ville », bafoués. Les Zahliotes sont loin d'être un peuple pacifiste. Le sang chaud, ils s'enflamment pour un rien et adorent agrémenter leurs moindres conversations d'épithètes très peu flatteuses. Pour un oui ou pour un non, les insultes peuvent pleuvoir et les coups suivent dans la plupart des cas. Mais de l'avis des habitants eux-mêmes, pour ces élections municipales, le climat est plutôt pourri. Entre les différents courants politiques et autres, la tension est extrême et les Zahliotes s'apprêtent à se rendre dimanche aux urnes comme s'ils allaient...