L'un des pères du mouvement est David Chemla, directeur de la branche française de Shalom Akhshav, plus connu sous le nom de « La Paix maintenant », une organisation particulièrement active depuis des années dans la lutte pour un règlement négocié tenant compte des intérêts des deux parties. Il est permis de s'interroger sur l'impact que pourrait avoir cette campagne sur les esprits alors que les négociations ne sont plus qu'un vague souvenir que l'Amérique, sans trop de conviction, tente en vain de réveiller. D'ailleurs, le Premier ministre israélien s'est rendu, en ce début de semaine, à Charm el-Cheikh pour une rencontre de quatre-vingt-dix minutes, chronométrée par les journalistes-huissiers, avec le président égyptien Hosni Moubarak. Le temps de lui expliquer que le chef de l'Autorité palestinienne, le malheureux Mahmoud Abbas - depuis longtemps absent de la scène, sans doute pour cause d'indigestion due à un excès de couleuvres avalées - devrait « aller de l'avant ».Comprendre : se résigner à endosser l'habit des bourgeois de Calais s'il veut en finir avec cette nouvelle guerre de Cent Ans.Toutefois, le soin de convaincre Abou Mazen devrait en principe revenir à Barack Obama qui le recevra ce mois-ci à la Maison-Blanche pour un entretien, disons (histoire de ne décourager personne), de l'avant-dernière chance.
Mais déjà, les fossoyeurs de la paix sont à l'œuvre, l'ultime pelletée de terre prête à recouvrir le cadavre. Un nouveau groupe, « Raison garder », vient de voir le jour, qui se proclame « totalement solidaire d'Israël et partisan d'une politique plus ferme ». Tout le monde sans doute a compris là que Bibi, Avigdor Lieberman, le Shass et les autres sont d'affreux Pétain en puissance qui ne rêvent que de signer à tour de bras des traités avec les Arabes, les Palestiniens en premier. À l'appui de leur logique, ils ont trouvé un argument imparable : la naissance d'un nouvel État avant la clôture définitive du contentieux avec tous les pays de la région « exposerait le territoire exigu d'Israël à une faiblesse stratégique fatale ». Et puis il y a l'autre prétexte, véritable tarte à la crème dans cette sinistre plaisanterie, que sont les sondages. La dernière en date des enquêtes d'opinion, effectuée par l'Université al-Najah de Naplouse, nous apprend-on, a donné les résultats suivants : 66,7 pour cent des Palestiniens sont opposés à la création d'un État sur la base des frontières de 1967 (ah, parce que l'autre camp, lui, est favorable à cette formule ?...) et 77,4 pour cent rejettent l'idée d'une Jérusalem qui serait la capitale commune - ah, parce que... (voir plus haut).
Courageusement, l'Union juive française, entre autres, a fait savoir qu'elle refusait de signer le texte de JCall, jugeant que les Palestiniens en sont les grands absents, tout comme il n'y est fait nulle mention de Gaza, du droit des réfugiés et de celui à une citoyenneté complète pour tous, sans égard pour la religion, enfin parce que les auteurs dudit texte estiment que la décision finale appartient aux seuls Israéliens. On pourrait évoquer en outre la radicalisation au pas de charge d'une société qui ne conçoit pas de vivre autrement que par le fer et le feu. Lundi, les ultraorthodoxes séfarades sont sonné l'hallali contre le maire de Tel-Aviv, Ron Huldaï, qui venait d'accuser leur système d'enseignement de plonger les jeunes dans une ignorance qui « s'accroît de façon effrayante chaque année ». En langage de jusqu'au-boutiste, cela s'appelle de l'incitation au racisme, ont-ils décrété. Pour se faire pardonner son appel « à la haine de la Torah », le brave édile, lui-même ancien directeur de lycée, devrait donner son aval à l'interdiction de l'instruction civique, de l'histoire, des sciences et des langues vivantes.
Plutôt que le vae victis du Gaulois Brennus, il conviendrait de rappeler pour la circonstance la sentence hugolienne, plus terrible encore : « Malheur au vainqueur. »


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef