Interrogé, M. Bidiaoui a catégoriquement refusé d'établir un lien entre l'assassinat de Moslem et les verdicts prononcés par la justice égyptienne contre les suspects dans l'affaire de la « cellule du Hezbollah ». Selon lui, ce qui s'est passé au Liban est une affaire criminelle qui ne mérite pas de plus amples interprétations. Le diplomate a salué au passage la manière dont les responsables libanais traitent cette affaire, et précisé qu'elle reflète l'état d'esprit des autorités qui sont conscientes de l'impact d'un crime aussi odieux sur l'image du Liban.
De nationalité égyptienne, Mohammad Moslem, 38 ans, a été poignardé à mort avant d'être pendu à l'aide d'un croc de boucher par une foule déchaînée jeudi au moment où il arrivait sur les lieux de la reconstitution du meurtre d'un couple âgé et de leurs deux petites-filles de sept et de neuf ans, tous retrouvés poignardés à leur domicile, la veille, à Ketermaya.
Aucune personne ayant participé au lynchage n'a été arrêtée depuis jeudi. Le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, avait indiqué avoir « les noms d'au moins dix personnes ayant participé à ce crime horrible ».
Sur le plan officiel, l'Égypte a annoncé par le biais du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Houssam Zaki, que le ministère a envoyé un rapport au procureur général égyptien, Abdel Magid Mahmoud, comprenant les détails de l'assassinat de Mohammad Moslem. M. Zaki a assuré par ailleurs qu'il s'agit d'un incident isolé qui ne devrait pas prendre d'autres dimensions. À noter également que l'ordre des avocats égyptien a vivement condamné le lynchage et l'assassinat de Moslem.
Hier, une source gouvernementale libanaise a affirmé à l'AFP que l'ambassade du Liban au Caire a demandé aux autorités égyptiennes d'assurer sa protection, après avoir reçu des menaces d'un inconnu promettant de venger le lynchage de Mohammad Moslem. L'inconnu promettait de venger la mort de Mohammad Moslem, dont les images crues ont été diffusées par les télévisions locales, soulevant une vague de condamnations dans le pays.
« L'ambassadeur du Liban, Khaled Ziadé, a demandé aux autorités égyptiennes d'assurer la protection de l'ambassade » après un appel menaçant reçu dimanche, a précisé la même source sous le couvert de l'anonymat. L'interlocuteur « a immédiatement raccroché après avoir proféré ses menaces », a précisé le responsable.
Le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères a démenti l'information et affirmé « avoir parlé avec l'ambassadeur du Liban au Caire, qui n'a pas fait de demande pour accroître la sécurité ». « Cette affaire ne doit pas faire l'objet d'un tapage médiatique. On l'a dit, il s'agit d'une affaire rarissime malgré le fait qu'elle est hideuse, et nous espérons que personne n'a tenté d'exploiter cette tragédie », a-t-il ajouté.
L'ambassadeur du Liban a lui aussi démenti avoir demandé un renforcement des mesures sécuritaires « qui n'est aucunement justifié », a-t-il dit, soulignant que les contacts entrepris avec les autorités égyptiennes sont « routiniers ».
Des sources diplomatiques ont indiqué à l'agence al-Markaziya que « les relations entre le Liban et l'Égypte sont trop solides pour être ébranlées par un incident sécuritaire, d'autant que le Liban s'est engagé à poursuivre en justice l'affaire de l'assassinat de Moslem ». Les sources, qui ajoutent que les autorités libanaises déploient les efforts nécessaires en prenant les mesures de poursuite adéquates, ont insisté sur la nécessité que l'affaire de Ketermaya reste confinée aux mains de la justice dans le respect du principe de l'indépendance de la magistrature.
Entre-temps, les réactions à la double tragédie de Ketermaya se sont poursuivies hier. Tout en reconnaissant que l'assassinat des quatre Libanais est un crime horrible, le député du Bloc du futur, Samir Jisr, a condamné toutefois la réaction des habitants du village, notamment le lynchage subi par la victime. M. Jisr a indiqué que « les forces de l'ordre ont mal fait leurs prévisions, car les villageois attendaient le corps des quatre victimes de la famille Abou Merhi, lorsqu'ils ont vu les forces de sécurité amener le jeune Égyptien sur les lieux du crime, ce qui a achevé de provoquer leur courroux ».
De son côté, le mufti du Mont-Liban, cheikh Mohammad Ali Jouzou, a assuré qu'il est certes du droit des habitants de Ketermaya d'être en colère, par contre « ils n'ont pas le droit de s'ériger en juges et de condamner le suspect à la mort et au lynchage, quelle que soit sa nationalité, d'autant que les circonstances du crime n'avaient pas encore été déterminées ». Et le mufti de relever que le suspect aurait pu avoir agi avec la complicité d'autres personnes ou n'avoir pas été lui-même l'auteur de ces crimes.
Les Kataëb dénoncent
Notons dans ce cadre que le bureau politique Kataëb a dénoncé le lynchage et la liquidation du meurtrier présumé de Ketermaya, exprimant la crainte qu'un tel acte ait « pour conséquence d'occulter le commanditaire ou l'instigateur de ce crime ». « La justice ne saurait être rendue que par le biais de l'appareil judiciaire et des institutions constitutionnelles au Liban, souligne le communiqué Kataëb. Nous avons réclamé une justice internationale pour sévir contre les criminels, et, par voie de conséquence, nous ne pouvons que réclamer que la justice libanaise juge un coupable lorsqu'il est appréhendé par les forces de l'ordre. »

