- Un sénateur : Saviez-vous que le marché de l'immobilier était condamné ?
- Lloyd Blankfein (président-directeur général de l'établissement) : Je ne crois pas que nous soyons aussi malins que cela.
Pourtant dès 2007, un homme avait vu venir la catastrophe : Fabrice Tourre, chargé de « vendre » des produits hautement toxiques à une clientèle par trop crédule, jugeait déjà que « les pauvres petits subprime borrowers ne vont pas faire de vieux os », comparant les articles proposés ( « une pure masturbation intellectuelle », disait-il) à « Frankenstein qui se serait retourné contre son propre inventeur ».
Tentons d'éclairer la lanterne. La banque d'affaires américaine, numéro un dans l'univers de Wall Street, c'est-à-dire du monde, lance sur le marché Abacus 2007-AC1, préalablement sélectionné par un hedge fund (fonds à risque), Paulson & Co, lequel avait pris une position vendeur (short) sur ce CDO, abréviation de « Collateralized debt obligation ». Pour concevoir son produit, associé aux performances de titres eux-mêmes adossés à des crédits hypothécaires résidentiels et clos le 26 avril 2007, Paulson avait versé 15 millions de dollars à la banque au moment où il pariait sur la chute du marché immobilier. De fait, neuf mois plus tard, le portefeuille perdait 99 pour cent de sa valeur ; quant aux investisseurs malavisés, ils laissaient dans l'affaire un milliard... empoché sous forme de plus-values par le père génétique de l'idée.
Les représentants de la nation ne s'y sont pas trompés. Écoutez Mark L. Pryor (démocrate, Arkansas) : « On n'est plus à la Bourse mais à Las Vegas. » Ou bien John Enseign (républicain, Nevada) qui rectifie : « Les casinos ne manipulent pas les tables de jeu ; parlons plutôt de machines à sous truquées. » Ou encore Carl Levin (démocrate, Michigan) : « Goldman a souvent vu dans ses clients une source de profit. C'est l'ensemble du système qu'il faut reconsidérer. »
La Maison-Blanche, inspiratrice de la campagne, se sert du scandale pour lancer un projet de réforme de la régulation financière dans le pays. Se heurtant, ainsi qu'il fallait le prévoir, à la résistance acharnée d'un Grand Old Party qui, plus que jamais, représente l'argent et qui semble déterminé à défendre un secteur considéré comme son principal bailleur de fonds. Le problème pour les républicains est que, ces temps-ci, Wall Street a très mauvaise presse auprès de Main Street (la rue), et cela à quelques mois des midterm elections qui devront permettre de désigner 36 membres de la Chambre haute, l'ensemble des 435 membres de la Chambre des représentants, 38 gouverneurs, et de pourvoir à un nombre non négligeable de postes officiels de moindre importance. Barack Obama est monté au front cette semaine, déclarant, lors d'un meeting à Ottumwa, dans l'Iowa : « Je refuse de voir nos efforts réduits à néant par les lobbies du monde de l'argent. »
Nullement rebutés par le blocage, pour la seconde fois consécutive, de leur projet de réforme, les démocrates paraissent plus que jamais déterminés à renforcer l'arsenal des mesures du contrôle exercé présentement par la Securities and Exchange Commission, le gendarme de la Bourse. « L'autre camp va de nouveau avoir l'occasion de montrer à quel bord il appartient vraiment », a lancé hier le leader de la majorité, le sénateur Harry Reid (Nevada). Curieusement, c'est la banque centrale US qui rejette un plan de régulation limitant ses pouvoirs aux institutions contrôlant plus de 50 milliards de dollars d'actifs. Qu'adviendra-t-il des 6 000 établissements de toute taille qui se trouvent aujourd'hui sous notre coupe ? s'interroge un président d'antenne qui émet des doutes sur la capacité d'action de la Federal Reserve en cas d'éclatement d'une nouvelle crise. La solution ? Une plus grande transparence, comme le souligne la sénatrice Dianne Feinstein (démocrate, Californie). Sinon, il sera difficile, voire impossible, d'éviter la perpétuation et la prolifération des pratiques louches constatées aujourd'hui. Claire McCaskill (démocrate, Missouri) : « Nous sommes dans le monde des lemmings. »
À la différence notable que le sympathique rongeur est moins prédateur que l'espèce qui sévit sur les bords de l'Hudson.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef