La Grèce a plongé un peu plus profondément dans la crise hier, avec une nouvelle augmentation de son déficit public l'an dernier qui a fait flamber le taux de ses obligations d'État et plaide pour de nouvelles mesures d'austérité en 2011 et 2012. L'Office européen des statistiques Eurostat a estimé le déficit public grec en 2009 à 13,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 12,9 % annoncés jusqu'ici par Athènes, et a prévenu que le chiffre pourrait encore être modifié. Il s'agit déjà de la troisième révision du chiffre du déficit grec pour l'an dernier. Le gouvernement socialiste, après être arrivé au pouvoir fin 2009, avait une première fois annoncé un doublement de la prévision nationale de déficit public à 12,7 %, ce qui avait déclenché la crise de défiance dont le pays est depuis victime sur les marchés financiers. Athènes avait ensuite à nouveau modifié début 2010 son évaluation en la portant à 12,9 % du PIB. Et Eurostat prépare déjà le terrain à une nouvelle révision à la hausse. Dans son communiqué, il « exprime une réserve sur la qualité des données déclarées par la Grèce, en raison des incertitudes sur l'excédent des caisses de sécurité sociale pour 2009, sur le classement de certains organismes publics et sur l'enregistrement des swaps (contrats d'échange sur la dette grecque avec la banque américaine Goldman Sachs) hors taux de marché ». Après enquête, « cela pourrait conduire à une révision pour l'année 2009 de l'ordre de 0,3 à 0,5 point de PIB pour le déficit », ajoute-t-il. Cette réévaluation « devrait intervenir avant la pause d'été » des institutions européennes en août, selon une source européenne. Pour le ministère grec des Finances, ces nouvelles données « ne changent pas l'objectif pour la réduction du déficit en 2010 », à savoir une baisse d'au moins 4 points comparé à 2009. Si la Commission européenne confirme cette analyse, elle réclame davantage d'actions pour les années suivantes. Les chiffres publiés par Eurostat « soulignent l'urgence d'intensifier la préparation des réformes structurelles et de mesures additionnelles pour les années à venir », a commenté le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn. « Il faut faire table rase de tous les fardeaux du passé », a-t-il insisté.
La Grèce fait déjà face à un renchérissement des taux qu'elle doit payer sur les marchés pour emprunter et financer ses énormes déficits, et les taux d'intérêt de ses obligations d'État à 10 ans ont atteint hier un nouveau plus haut historique au-dessus de 8,5 %. Pour emprunter sur les marchés, la Grèce doit désormais payer près de trois fois plus cher que le meilleur élève en zone euro, l'Allemagne, qui verse un peu plus de 3 % sur dix ans. Cela renforce encore la probabilité d'un recours au plan d'aide qui a été mis à disposition du pays par la zone euro et du FMI.
Paradoxalement, la Grèce n'est pas le pays qui a affiché le déficit le plus élevé l'an dernier. C'est l'Irlande qui détient ce triste record avec 14,3 % du PIB, mais la situation est jugée moins grave par les marchés pour ce pays en raison des mesures radicales prises par le gouvernement pour le réduire.
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