Des murs lézardés, à Srifa également.
militaires.
Afin de sauver des vies et limiter les dégâts sur l'environnement et les biens, il est donc nécessaire de concentrer les efforts sur les mesures de prévention des catastrophes plutôt que sur celles atténuant leurs effets. Cela est particulièrement important pour les pays du tiers-monde, surtout ceux qui sont lourdement endettés et dont les ressources sont limitées.
Le degré exact du risque provenant de n'importe quel danger ne peut être déterminé qu'en se basant sur deux éléments importants: la probabilité du danger (probabilité d'occurrence annuelle) et les conséquences de ce danger en cas d'occurrence.
Le niveau du risque tolérable
Un tel raisonnement signifie qu'il est pratiquement impossible de réduire les risques de tous les dangers à zéro ou bien à des niveaux insignifiants. En effet, la société a souvent tendance à comparer les bénéfices de nombres d'activités aux risques qui y sont associés. Cependant, la question reste de savoir quelle est l'autorité qui devrait déterminer le niveau du risque tolérable lié à une quelconque activité. Cette décision doit-elle être prise par les ingénieurs ou bien uniquement par les ministères concernés? Faut-il que toutes les parties prenantes soient impliquées? Reste à savoir aussi quel est le niveau du risque tolérable aujourd'hui au Liban et s'il est applicable ou non sur les différentes industries et régions du pays? Et le cas échéant, pourquoi pas?
Pour répondre à cette dernière question, il faut d'abord reconnaître que les mesures utilisées pour évaluer les risques dépendent généralement des pertes humaines qui pourraient en résulter, et que pour déterminer les bénéfices de toute mesure pour la réduction des risques nous attachons une valeur monétaire à la protection des vies humaines. En Europe et aux États-Unis, une telle valeur varie entre 1 et 10 millions de dollars, selon le niveau du risque. La méthode utilisée pour déterminer les bénéfices d'une mesure pour la réduction des risques prend également en compte les coûts relatifs à la protection de l'environnement et des biens.
D'où la nécessité d'une approche participative, puisqu'en établissant les différents niveaux des risques tolérables, nous sommes inévitablement en train de comparer le niveau du danger acceptable aux bénéfices d'une réduction des risques. En d'autres termes, nous attachons - directement ou indirectement - une valeur monétaire à celle de la vie humaine et donc à celle de la vie des Libanais. En effet, toutes ces questions doivent être au cœur d'un débat élargi à toutes les parties prenantes dans la société dans son ensemble.
Le niveau de sécurité de l'infrastructure
De tous les dangers qui menacent le Liban, le tremblement de terre est la catastrophe la plus critique, en raison de l'effet destructeur qu'il a déjà eu et qu'il pourrait avoir à l'avenir sur le pays. Nous ne pouvons pas empêcher un séisme de se produire, mais il est possible, par contre, de réduire les risques de pertes. L'une des premières démarches à entreprendre est de recenser tous les éléments principaux de l'infrastructure dans le pays afin d'évaluer le niveau de sécurité actuel. Le recensement doit inclure les usines industrielles et pétrochimiques, les digues, les réservoirs d'essence et d'eau, les ponts, les pipelines, les bâtiments critiques, comme les écoles et les hôpitaux, les aéroports et les ports, les tunnels, ainsi que les bâtiments publics et privés, fréquentés par un grand nombre de personnes, comme les municipalités et les ministères. Il faut également tenir compte des réseaux de transport et de communication, ainsi que des établissements touristiques, notamment les hôtels et restaurants et, enfin, les sites archéologiques. Une fois cette démarche accomplie, il devient possible de gérer les ressources et les efforts d'une manière scientifique et rationnelle afin de réduire le niveau des risques inacceptables. Par ailleurs, même si certaines mesures antisismiques ont déjà été appliquées, il faut s'assurer qu'elles comprennent les dernières conclusions dans l'ingénierie antisismique.
Libaniser les codes
L'absence d'une autorité chargée de mettre en application une «approche cohérente» pour la planification antisismique signifie que le niveau des risques inacceptables varie de façon hasardeuse d'une région à l'autre ou bien d'un projet à l'autre, au sein d'une même région. Par ailleurs, comme certains des problèmes sont spécifiques au Liban, il est nécessaire d'adapter les codes internationaux de manière qu'ils comprennent toutes ces spécificités.
La solution ne serait pas d'imposer la mise en application d'un seul code sur toutes les compagnies et tous les ingénieurs. Il faut, en revanche, mener une révision de tous les documents officiels relatifs aux différents codes internationaux dans le but de les libaniser, de sorte qu'ils reflètent le même niveau de risques provenant de catastrophes diverses.
Corruption et risques de catastrophes
Une récente étude, publiée par le Brookings Institute, révèle que le bilan relativement faible des victimes du séisme chilien, en comparaison avec celui d'Haïti ou d'autres pays du tiers-monde, est principalement lié à la bonne gouvernance dans deux aspects différents: l'efficacité du secteur public et le contrôle de la corruption. De ce fait, il serait utile de voir quel est l'indice de corruption au Liban, tel que calculé par l'Organisation internationale pour la transparence. Les résultats des années précédentes montrent que les indices de corruption au Liban n'ont pratiquement pas varié de 2003 à 2008. Par ailleurs, l'étude de ces indices démontre que le pays se trouve dans la même catégorie que ceux qui ont enregistré un bilan très lourd après une catastrophe, s'élevant à plusieurs dizaines de milliers de victimes.
En 2009, le Liban a enregistré un indice de corruption beaucoup plus mauvais que les années précédentes, bien que le pays ait connu une période relativement calme sous le gouvernement d'union nationale. Par conséquent, il serait raisonnable de conclure que la source de la corruption provient du type de régime en place et non pas de la situation sécuritaire qui avait prévalu entre 2005 et 2008.
Cette conclusion se base sur les révélations d'une récente étude publiée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR). Cette étude affirme que «la corruption structurelle s'est étendue dans tout le secteur public et à tous les niveaux, alors que les affiliations confessionnelles sont devenues coercitives, empiétant sur la vie politique des citoyens (...) Cette corruption remonte, à l'origine, au monopole qu'exercent les dirigeants de chaque confession sur les droits de leurs partisans, en leur promettant une protection inconditionnelle en échange de leurs loyauté et asservissement!»
Face à toutes ces données, il est peut-être grand temps pour les Libanais de se débarrasser de ce système confessionnel qui constitue désormais une menace pour leur vie et celle de leurs bien-aimés.
* Fadi Hamdan est ingénieur et travaille en tant que consultant sur des projets relatifs à la gestion des catastrophes et la réduction des risques. Il détient un doctorat de l'Imperial College de Londres.

