Les chiffres des pertes subies depuis jeudi dernier par l'aviation civile a de quoi donner le vertige au CEO de Goldman Sachs lui-même, un homme pourtant habitué à jongler avec les milliards des autres : 200 millions de dollars par jour. On est encore loin, nous disent les gardiens de nos espaces aériens, du coût du 11 septembre 2001 (un milliard pour quatre jours de suspension des vols). Encore ne s'agit-il là que des pertes encourues par les compagnies d'aviation, à quoi il conviendrait d'ajouter bientôt celles des simples particuliers coincés dans les aéroports, des commerçants, industriels, banquiers et hommes d'affaires de tout acabit dont les tout-puissants empires chancellent sous l'effet de ce nouveau coup du sort survenant après celui des subprimes. Dans son Olympe, Vulcain doit bien rire de ce vilain tour joué aux Terriens.
Première leçon à tirer de tout cela : lorsque Dame Nature se déchaîne, l'homme ne peut que faire le gros dos et prier le Ciel que cela finisse au plus vite avec le moins de dégâts possible - ce qui est rarement le cas. Cette impuissance face aux éléments naturels pris de folie, on a eu l'occasion d'en faire le triste constat pas plus tard que le mois dernier, quand le sol s'est ouvert pour engloutir des milliers de Haïtiens. Il y a eu aussi, comment l'oublier, cette grippe au nom d'équation chimique, H1N1, qui nous a fait trembler d'interminables semaines durant, coûté à la seule France 670 millions - soit 111 euros par personne vaccinée, a calculé un mauvais plaisant - et retardé la sortie de crise dont on voyait poindre le bout du nez. Les Chinois, n'a-t-on pas tardé à apprendre, avaient trouvé la parade, engloutissant une quantité astronomique d'ail. Elle avait été précédée, cette grippe porcine, de la grippe aviaire, de l'encéphalopathie spongiforme bovine, appelée aussi crise de la vache folle, de la grippe de Hong Kong (un million de morts en 1968 parce que le vaccin ne fut prêt qu'un mois après le pic de l'épidémie) et d'une série de menaces de pandémies, la plus terrible, la plus persistante aussi étant le sida.
Malgré la mobilisation universelle, malgré les pas de géant accomplis par la science, nous nous retrouvons plus que jamais démunis, tremblant d'une terreur venue du fond des âges, incapables de riposter en dépit de toutes nos vaines gesticulations. Plus que tout, nous nous sentons agressés par plus forts que nous, incapables de prévoir le moment où vont passer à l'attaque le virus, le microbe, la bactérie, où la montagne va cracher du feu, l'océan monter à l'assaut de la terre, le sol se dérober sous nos pas. Ils avaient raison, les Gaulois, qui craignaient de voir le ciel leur tomber sur la tête. Et nous, pauvres bipèdes, qui nous imaginions douillettement à l'abri dans nos tours babyloniennes d'acier et de verre ! Les bottes de sept lieues chaussées par le Progrès ne durent que l'espace d'une illusion, vite dissipée par d'impitoyables agressions, animales (75 pour cent des maladies humaines) ou naturelles, comme autant de rappels à l'ordre et de leçons d'humilité.
Comme si toutes ces catastrophes ne suffisaient pas, il a fallu que les États s'en mêlent, fabriquent à notre intention des dangers entre lesquels, péniblement, nous tentons de slalomer. Hier catapultes puis feu grégeois, aujourd'hui fusées porteuses de tête nucléaire et arsenaux militaires aussi impressionnants qu'inutiles - pour cause d'équilibre de la terreur, pardi ! -, nous n'avons jamais été aussi bien protégés ni, dans l'absolu, autant menacés par toutes ces épées de Damoclès. Mais bah, du moment que cela fait l'affaire des marchands de mort...
Hier, la nouvelle la plus alarmante nous est venue de Bruxelles. On a retrouvé dans le réacteur d'un chasseur F-16 de l'OTAN des particules de verre provenant du fameux nuage islandais. « Dans un avenir proche, cela pourrait avoir un impact véritable sur nos capacités militaires », a décrété, sentencieux, un responsable américain.
La belle affaire !


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef