Bannie de certaines places, de certaines rues, l'automobile n'a désormais plus la cote. Trop polluante, trop bruyante, trop
encombrante ! Non seulement elle est source d'embouteillages, mais elle menace d'asphyxie les quartiers en mal de places de parkings.
Résultat, de plus en plus de municipalités privilégient piétons, cyclistes et usagers de transports publics. D'une part, elles s'associent à la protection de l'environnement et à la lutte contre les gaz à effets de serre. D'autre part, elles contribuent au développement des commerces et à l'embellissement des bâtiments des zones piétonnes. Car habitants et touristes sont friands de lieux de promenade et de détente, où ils peuvent déambuler, flâner, observer, faire leurs achats, s'attabler et consommer en toute tranquillité.
Y a qu'à voir le nombre de villes qui ont fait le pas et qui envisagent d'en faire encore plus, vu l'engouement pour l'initiative, même si certains accros de la voiture grincent un peu des dents.
Bruxelles a d'abord restreint sa zone piétonne autour de la grand-place, avant de l'étendre à une dizaine d'artères de son centre-ville historique. À Strasbourg, la zone piétonne s'étale sur une bonne douzaine de kilomètres. Bordeaux, elle, s'enorgueillit de sa rue Sainte-Catherine, la rue piétonne la plus longue d'Europe. De son côté, Amsterdam multiplie les quartiers sans voitures, alors que de nombreuses îles de la mer Égée ont carrément aboli ces dernières.
Des mesures plus globales sont également prises, comme à Bogota ou à Athènes, où la circulation est alternée, suivant le numéro de la plaque d'immatriculation, pour réduire l'engorgement routier et la pollution. Dans certaines villes italiennes, certains dimanches sont baptisés sans voitures, histoire de privilégier piétons et cyclistes et de limiter la pollution.
La mesure ne se limite pas à la vieille Europe, avec ses quartiers historiques à profusion. Elle s'applique notamment à Québec, au quartier Petit Champlain, et même dans la vieille ville de Fez au Maroc, pour ne citer que ces deux lieux touristiques parmi tant d'autres.
Avec les quelques ruelles piétonnes et cyclables entourant la place de l'Étoile, Beyrouth fait figure de parent pauvre. Sans parler du nombre de fois où ces ruelles sont envahies par les berlines et grosses cylindrées de nos chers élus. Et pourtant, l'initiative a du succès auprès des familles, des promeneurs et des touristes friands d'espace.
Manquerait-on d'imagination pour créer dans les villes et villages libanais des zones piétonnes et
cyclables ? La chose ne devrait pas être impossible, même si elle nécessite une bonne dose de réflexion et de planification... saupoudrée d'un brin de concessions, bien entendu. Sans oublier le développement impératif des transports en commun. Chose qui ne manquerait pas de réduire sensiblement les embouteillages monstres dont se plaignent les citoyens au quotidien.
Piétons et cyclistes sont-ils si peu importants aux yeux des autorités pour n'être jamais considérés comme prioritaires, pas même de manière occasionnelle ? Qu'en est-il aussi de la souffrance des habitants de certains quartiers comme Gemmayzé qui subissent, depuis des années, la nuisance sonore des automobilistes noctambules, alors que les autorités tardent à envisager des solutions radicales et définitives ?
C'est dire l'importance que revêt la voiture au Liban, plus précisément la voiture de luxe que l'on se doit d'exhiber à tout prix, au détriment de toute autre considération.

