Malgré tout, une poignée de main chaleureuse entre Walid Joumblatt et Samir Geagea.Photo Dalati et Nohra
Cet exercice de style correspond sans doute à la nouvelle dynamique amorcée par la visite du député Walid Joumblatt en Syrie et le rapprochement, lentement mais sûrement, entre le Premier ministre Saad Hariri et Damas. En début de séance, le président de la République, Michel Sleiman, s'est donc fait un devoir de rappeler les objectifs de la réunion, à savoir de consolider le dialogue eu égard à son importance « depuis le pacte national, l'accord de Taëf et, plus récemment, celui de Doha ». Le président a d'autre part veillé à souligner « les dangers que représentent les violations israéliennes arbitraires, notamment dans les régions de Wazzani et Abbassiyé, et les menaces permanentes » de l'État hébreu.
Il reste que dans la salle de l'Indépendance du palais de Baabda, les camps politiques sont restés figés, et comme lors de la précédente séance, les alliés se sont assis côte à côte et les rivaux politiques en face. Même en marge de la conférence, les poignées de main et autre apartés sont restés très conformes au climat politique qui règne dans le pays, c'est-à-dire assez figés, soucieux du statu quo mais pas d'une détente globale. Ainsi, côté 8 Mars, un aparté a eu lieu entre le président de la Chambre Nabih Berry et le député Sleimane Frangié, puis entre ce dernier et le député Hagop Pakradounian. Peu avant le début de la réunion, une discussion dans un coin de la pièce a eu lieu entre MM. Berry, Frangié, Mohammad Raad et le député du PSNS, Assaad Hardane. Côté 14 Mars, mis à part une poignée de main prolongée entre Saad Hariri et Mohammad Raad, rien d'inhabituel. Le chef du parti des Forces libanaises, Samir Geagea, a discuté un moment avec le vice-président de la Chambre, Farid Makary, pendant que le chef du parti Kataëb, Amine Gemayel, s'entretenait avec le ministre d'État Michel Pharaon.
Au cours de la séance, l'accent a néanmoins été mis sur la nécessité de « respecter le pacte d'honneur » accepté par tous, et cette proposition a fait l'unanimité. La trève médiatique doit donc être respectée, comme cela avait été décidé au lendemain de l'accord de Doha. Prenant la parole, le ministre Talal Arslane a exposé son point de vue sur la stratégie de défense, avant d'être relayé par Nabih Berry. Ce dernier s'est exprimé pendant 1h30, allant même jusqu'à passer en revue l'histoire de la stratégie nationale de défense depuis 1923, en passant par l'importance des fermes de Chebaa, non pas pour leur emplacement présumé stratégique, mais bien pour « leurs 240 rivières » qui constituent une richesse en eau de première importance. Il a estimé que les armes de la Résistance doivent avoir pour unique fonction la dissuasion et la libération du territoire et qu'il n'y a pas d'inconvénient à mettre en place une coopération entre l'armée et la Résistance. Il a aussi axé son intervention sur la richesse du pays en gaz et pétrole au large des côtes, et a distribué un document dans lequel il démontre qu'il est important d'exploiter cette richesse. Mohammad Raad a immédiatement remercié M. Berry, tout en indiquant que ce point de vue sur la stratégie de défense correspondait à celui du Hezbollah. M. Geagea a toutefois voulu aller plus loin en proposant que « l'État contrôle les armes » car, selon lui, cela aurait également pour effet de réduire les menaces israéliennes.
De son côté, Sleimane Frangié a choisi de présenter une étude qu'il a qualifiée de « contitutionnelle, légale et politique » sur la notion de « haute trahison », et a rappelé que « ceux qui ont collaboré avec Israël avant le retrait de l'an 2000 doivent être sévèrement punis ». Il a d'autre part souligné que le fait de dire que « le Liban a deux pays voisins » est de nature à « rendre service à l'ennemi » et a passé en revue certains événements, comme « la visite de Condoleezza Rice » au Liban et « l'accueil réservé aux soldats israéliens à la caserne de Marjeyoun ». Ces propos ont irrité Michel Sleiman qui a demandé que les débats soient concentrés sur l'avenir et non « sur des pages du passé qui sont désormais tournées ». L'ancien Premier ministre Fouad Siniora a quant à lui estimé que ces propos « ne sont pas d'actualité » et que « tout le monde sait qu'Israël a constamment des visées » sur le Liban. « Ce n'est pas le bon moment », s'est exclamé Walid Joumblatt, qui a indiqué qu'il ne fallait pas « s'attarder sur des causes bêtes alors qu'il y a de grandes causes nationales qui doivent être traitées ». « De bien plus grands événements nous attendent », a renchéri M. Joumblatt. Réagissant également, Samir Geagea a tenu à souligner qu'il fallait garder à l'esprit certaines circonstances de la guerre, insistant sur le fait que « ces événements font partie du passé ».
Il reste qu'aucune décision n'a été prise hier à Baabda et qu'une prochaine séance a été fixée au 3 juin prochain, après la tenue des élections municipales.

