Photo de groupe, de gauche à droite : Ibrahim Badr, Haig Papazian, Carl Gerges, Firas Abou Fakher, Hamed Sinno, Omaya Malaeb et André Chedid.
Ce projet est surtout celui de six garçons et une fille emportés par un succès immédiat et improvisé. Ils s'appellent Omaya Malaeb, Haig Papazian, Carl Gerges, Hamed Sinno, André Chedid, Firas Abou Fakher et Ibrahim Badr. Tous d'étudiants en architecture ou graphisme et passionnés de musique. Ils ne se connaissaient pas, ou si peu, mais se sont trouvé un langage musical commun, une quête de sons nouveaux, au cours de cessions et d'improvisations qui avaient lieu après les cours.
À la veille de leur premier concert intimiste organisé à l'AUB fin 2008, une invitation informelle « entre amis », ils cherchent un nom à leur groupe, « parce qu'il le fallait bien », pensent-ils. Quelque chose d'atypique, de sonore, de drôle. « Comme ce concert était juste un projet pour une seule nuit, explique Carl, nous avons choisi ce nom, qui, en arabe, est devenu le projet de Leila. » Leila prend une résonance, une consistance musicale, un son. Un de leurs singles devient ainsi la danse de Leila (Ra'sit Leila) sur les sons d'un violon, de guitares, d'une batterie et de claviers, portés par les textes très libres et personnels de Hamed Sinno et sa voix envoûtante. « Le succès du concert nous a poussé à continuer. » Les répétitions deviennent quotidiennes. L'écriture se fait à 14 mains, « comme un projet d'architecture construit lentement », disent-ils, dans le bonheur et la riche diversité de ces personnes venues d'univers différents. Lorsqu'en mars 2009, le groupe décide de participer au concours « Musiques actuelles » lancé par Radio-Liban, en collaboration avec le CCF, Incognito et le Basement, il compose et enregistre dans l'urgence quelques titres qu'il présente. « Nous avons remporté les deux prix, celui du jury et du public ! poursuit Carl. Ces victoires nous ont beaucoup motivé à prendre les choses plus sérieusement. » Le groupe se trouve une boîte de production, b-root. Un véritable travail d'équipe se fait dans une parfaite osmose et une même exigence. Les concerts se suivent, des événements musicaux qui se font partout au Liban et souvent dans des lieux inattendus, tels le Basement ou encore, ou surtout, l'usine de fer Demco à Bourj Hammoud, transformée en salle de concert « sold out », en décembre 2009, devant une foule de 1 500 personnes ravies.
Anatomie d'un succès
L'énorme succès de « Machrou' Leila, certes inattendu car il s'est fait sans aucun tapage médiatique ou publicitaire, est dû à de nombreux facteurs et la conjugaison de nouveaux talents qui se sont embarqués dans cette belle aventure. Des musiciens qui ont la fraîcheur et l'audace qu'il faut et des morceaux d'inspirations musicales différentes, entre rock, folk, pop, électro et tarab ». Tout sauf du déjà-vu, affirment leurs fans... Et la présence de deux producteurs inspirés, des « professionnels de la musique », eux-mêmes musiciens. Jana Saleh et Raed el-Khazen, qui ont étudié au Boston's College of Music et vécu à New York, se sont chargés du CD, dans le fond et dans la forme. « Nous avons voulu faire les choses à long terme, construire l'album lentement dans nos studios, durant plusieurs mois de travail, intervenir sur les arrangements et sur les détails, même graphiques. Ils ont été très réceptifs et ouverts », explique Jana. Une vidéo circulant sur YouTube, qui correspond parfaitement à l'esprit décalé du groupe, confirme qu'il est parti pour durer. Sans prétention, mais avec une audace décalée.
Ce qu'on peut leur souhaiter dès lors est très simple : continuer à surprendre. Gageons que cet été sera celui de Machrou' Leila. Avec de nouveaux titres et plusieurs concerts, au Brésil d'abord, puis au Liban, dans le cadre du Festival de Byblos en juillet prochain. Ils joueront déjà, enfin, dans la cour des grands.


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