Orpheus Haddad, un parfait hôte libanais. Photo Denis Lacharme
Orpheus vit en France depuis des années. Drôle de prénom, comme ressorti des cahiers de musique jaunis par le temps, pour ce jeune homme tout à fait de ce siècle. Son père, musicien et professeur de musique, l'avait ainsi baptisé en hommage au héros éponyme de la mythologie grecque. Instinctivement, l'enfant de trois ans qui possède, disent alors les professionnels, «une oreille absolue», capable de situer une note rien qu'en l'entendant, se dirige vers le piano, les pieds touchant à peine terre mais les doigts fermes sur le clavier. Six heures d'entraînement par jour, l'enfant prodige, il n'a alors que 7 ans, donne des concerts au Liban, puis à Amsterdam et à Paris. Son enfance va ainsi se faire au rythme des répétitions intensives et des applaudissements mérités. Lorsqu'il part en France, invité par l'ambassade pour effectuer un stage auprès de grands musiciens, il décide de rester dans la ville lumière, achever sa scolarité et s'inscrire au Conservatoire de musique. Il y apprend une passion dont les exigences finissent par l'envahir. Il entre ainsi en adolescence avec une envie de légèreté qui devient une urgence. «Du jour au lendemain, avoue-t-il, le verbe et les mains bavards, j'ai décidé de tout arrêter.»
Exit donc les airs lyriques, les notes classiques, l'existence difficile d'un musicien précoce et le succès en perspective. Mais qu'importe... «J'avais juste envie d'une vie normale d'ado à Paris.»
Au service du Liban
Cette vie normale démarre par des vacances, la découverte d'un autre soi et d'un pays méconnu. Chaque été, le jeune étudiant en droit, féru de justice, de liberté et d'égalité, sillonne les villages, les sentiers, à la recherche de ces paysages de cartes postales jamais oubliés, mais jamais vus en réalité. «Une espèce de puzzle à reconstituer. Il y avait nécessairement autre chose que les clichés touristiques de la mer, la montagne, les mezzés et les sites à voir absolument, comme une liste de choses à faire. Il y avait à mes yeux, poursuit-il, des gens à rencontrer, une vie quotidienne et des petits moments de bonheur à vivre, et puis à partager.» C'est ainsi qu'Orpheus décide en 2000 de concevoir le concept «L'hôte libanais» * qui se charge, en véritable pionnier, de proposer aux visiteurs des maisons d'hôtes à Beyrouth et dans certains villages libanais. «Une autre manière de voyager et de recevoir le touriste, dit-il. J'ai tout fait de A à Z. Pendant trois ans, j'ai créé les procédures, cherché des maisons à caractère, fouillé dans les détails, imposé certaines règles pour que l'accueil soit idéal et qu'il donne au mieux une image de notre manière de vivre. Je ne voulais surtout pas que les gens vivent dans un cadre artificiel et surfait. Nos hôtes sont triés aussi pour leurs personnalités. Chacun reçoit à sa façon.» Et chaque maison est choisie en fonction de son caractère et celui de son quartier. L'hôte devenant ainsi conseiller touristique, protecteur, et très vite ami, il devient surtout l'ambassadeur d'un pays où l'hospitalité est un art et une seconde nature.
Dix ans plus tard, L'hôte libanais propose des logements à Enfé, Wadi Qadicha, Zahlé, Aley, Bhamdoun et au Chouf. La demande se fait de plus en plus grande, cette nouvelle façon de voyager attire de plus en plus de couples, des trentenaires, des Occidentaux et des expatriés venus découvrir leurs origines. Les prix sont accessibles, entre 50$ par personne et 75 par couple, et sont unifiés. «Nous ne voulons pas lésiner sur la qualité, les détails et la générosité de notre accueil. Et nous voulons encourager les gens à sortir de la ville, découvrir le pays et suivre leurs envies. C'est notre façon de contribuer à la survie du Liban que nous aimons.»
Aujourd'hui, L'hôte libanais, qui figure dans Lonely Planet, est en manque de... logements à proposer. Orpheus Haddad multiplie les allers-retours, les pèlerinages en quête de personnes, parfois des personnages de romans, et d'hébergements, maisons d'hôtes, chambres chez l'habitant, monastères, hôtels de charme à rajouter à sa liste de propositions et de témoignages. Les témoignages, nombreux, de gens heureux, invités et hôtes.
* www.hotelibanais.com

