Le capitaine de l’OL Cris laisse éclater sa joie. Le « policier » passe enfin en demi-finale après avoir buté trois fois au stade des quarts. Jean-Pierre Muller/AFP
En bon tacticien, c'est par ricochet qu'il savoure sa revanche : « J'ai une pensée pour le président (Jean-Michel Aulas) et (l'actionnaire) Jérôme Seydoux, qui sont très présents par leur soutien, qui sont récompensés, comme le groupe. »
Une manière de saluer ce soutien sans faille que le patron de l'OL et son associé (le frère du président de Lille où Puel avait officié...) ont apporté sans mégoter à un entraîneur pourtant auteur d'une saison blanche pour ses débuts dans la capitale des Gaules, contrainte d'arracher sa place en C1 via le strapontin de la 3e place et un infamant tour préliminaire.
Une situation qui avait rendu malade Bernard Lacombe, l'influent conseiller d'Aulas, et lézardé la lisse façade de « l'institution », tandis que les départs de Juninho et Benzema dénudaient un peu plus encore le roi Lyon.
Dos rond
Bref, ça sentait la chute de l'empire des Gones sur l'Hexagone, confirmée par la première partie de saison 2009-2010, lestée de nombreuses blessures. « On a vécu des choses difficiles à l'automne, ce groupe s'est forgé dans la difficulté », a d'ailleurs relevé Puel, relayé par Lloris : « On a tellement subi en novembre-décembre, et aujourd'hui on est en demi-finales de Ligue des champions. »
Caricaturé en entraîneur frileux, Puel a patiemment tissé le grand retour de l'OL. En janvier-février 2010, Lyon gagne. Sans convaincre, mais sans perdre. Puis y ajoute du jeu, comme un supplément d'âme, qui installe Pjanic en n° 10, où s'épanouit Delgado, avant que Bastos se relance.
« Ce groupe sait se battre et jouer quand il le faut », avance Puel.
Se battre, c'est parfois adopter la stratégie du dos rond, payante face au Real Madrid. En 8e de finale retour surtout, le bloc lyonnais a su résister (1-1). Idem à Bordeaux mercredi. « On était super bien en bloc défensif, s'est félicité Cris. C'est dans la difficulté qu'on arrive à vivre des moments super. »
Contre les Girondins, le milieu de terrain composé de trois milieux travailleurs (Gonalons-Toulalan-Kallstrom), laissant le créateur Pjanic sur le banc, participait de cette tactique visant à préserver le résultat du match aller (3-1). Comme l'a dit Gomis (peut-être aussi pour relativiser sa terne prestation), « si Lyon avait aligné une équipe plus offensive, Bordeaux aurait eu plus d'espaces ».
Mental
Pour se frayer un chemin jusqu'en demi-finale de la C1, ce qu'aucun club français n'avait réussi depuis Monaco en 2004, l'OL s'est largement appuyé sur Lisandro. L'Argentin, auteur de trois buts dans la compétition (hors tour préliminaire), tous importants, a aussi été recruté par Puel pour sa capacité de harcèlement et de récupération. Ce fut flagrant à Gerland contre Bordeaux.
La réussite de Puel, Cris la discerne avec le recul du rescapé des campagnes européennes butant sur les quarts, en 2005 et 2006 : « On a eu des équipes plus fortes que cette équipe-là, mais mentalement, on est plus forts, collectivement. »
En demi-finale contre le Bayern Munich, capable d'éliminer Manchester United en étant mené 1-0 à domicile, puis 3-0 au retour (victoire 2-1 et défaite 3-2), il faudra sans doute encore un sacré mental. Le match Puel-Van Gaal peut commencer.

