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Moyen Orient et Monde - Le Point

Karzaï l’ingrat

« J'ai dit à Barack Obama qu'il n'est pas possible de normaliser la situation par des moyens militaires comme on s'entête à le faire depuis huit ans. Nous voulons la paix et la sécurité, et je m'engage de toutes mes forces à les rétablir. » Tenu devant des observateurs étrangers, le propos en aurait fait sourire plus d'un. Surtout que son auteur, Hamid Karzaï, vient de remporter la présidentielle la plus biscornue de l'histoire de son pays. Ce qui ne l'empêche pas, au contraire, d'accuser les Occidentaux d'avoir procédé à des manipulations pour en truquer les résultats, citant nommément l'Américain Peter Galbraith et le général français Philippe Morillon, représentant l'un les États-Unis, l'autre l'Union européenne au sein de la commission de surveillance du scrutin. Et c'est tout juste, dit un militaire US de haut rang un rien amer, si le chef de l'État ne soupçonne pas la coalition de chercher à légitimer l'opposition des talibans à son régime.
Il y a quelques jours seulement, la Maison-Blanche limitait ses ambitions afghanes à la lutte contre la corruption et le trafic de drogue, ne réclamant que la mise sur pied d'une commission ad hoc alors que les Européens, plus exigeants, voulaient voir des têtes tomber. Lesquelles ? Celles des plus pourris : Ahmad Wali Karzaï, frère de qui-vous-savez et qui a fait son beurre dans l'opium ; le général Abdul Rachid Dostum, ancien chef de guerre à la gâchette par trop facile, impliqué dans le massacre de milliers de prisonniers ; le maréchal Mohammad Kassem Fahim, un trafiquant notoire celui-là, très proche de la présidence. Le premier est toujours fidèle au poste, en dépit de sa mise en cause l'an dernier dans un article du New York Times. Le deuxième a été autorisé à retourner de son exil volontaire pour occuper un poste officiel en échange de son appui à la candidature du président. Quant au troisième, son appartenance ethnique, il est tadjik, en fait un allié incontournable et, de plus, fort écouté dans l'autre camp auquel il promet une place au paradis en cours d'aménagement par son maître - pourvu qu'Allah lui prête longue vie.
Dimanche dernier, l'ancien favori des Américains a de nouveau donné de la voix, dans un bel élan de ce populisme dont il a le secret. Devant un groupe de 1 500 chefs réunis en « choura » à Kandahar, il a tenu un langage de candidat en campagne. « Nous voulons déterminer notre sort, avoir un président indépendant et non pas une marionnette, et empêcher toute immixtion étrangère dans nos affaires intérieures », a-t-il dit, ajoutant : « On nous parle maintenant d'une opération à Kandahar. Or je sais que vous êtes inquiets. L'êtes-vous ? » Réponse : « Oui ! » « Fort bien, il n'y en aura pas. » Tête du général William Mayville, en charge des opérations de l'OTAN, assis au second rang de l'assistance...
Si l'homme s'amuse ainsi à en appeler à la fibre patriotique de ses concitoyens, c'est qu'il se sait irremplaçable. Après avoir ignoré les nombreux appels de la Maison-Blanche, il a adopté un ton plus conciliant lors d'un entretien téléphonique avec Hillary Clinton, protestant de sa bonne volonté et de son désir de coopérer pleinement tant avec le département d'État qu'avec le Pentagone. Ce qui ne l'a pas empêché, moins de vingt-quatre heures plus tard, de remettre le couvert, cette fois devant une assemblée d'une soixantaine de parlementaires, qui se sont empressés de relayer le message musclé entendu peu auparavant. Commentaire d'un diplomate occidental en poste dans la capitale : « Tout cela procède d'une tactique parfaitement étudiée. L'ennui, c'est que nous en ignorons l'objectif. »
La nouvelle poussée militaire devrait se produire fin mai ou au plus tard le mois suivant, quand les milliers de soldats supplémentaires attendus seront à pied d'œuvre dans la région de Kandahar, fief des talibans et berceau de la famille du président. L'opération, promet-on, marquera un tournant crucial dans la conduite de la guerre. Vrai, si tout se passe comme prévu. Mais depuis huit ans que dure la campagne, les états-majors ont vu se multiplier les déconvenues, au gré de l'humeur des tribus. Or voici que Karzaï se plaît à étonner tout son petit monde. Comme lorsqu'il affirme : « Si l'on accroît la pression sur moi, je jure que je me rallierai à la cause des talibans. » Une petite phrase lourde de sous-entendus, à l'adresse aussi bien de ses protecteurs d'aujourd'hui que de ses éventuels alliés de demain. Car le politicien retors qu'il est a déjà tissé des liens étroits avec la Chine et l'Iran, deux pays qui attendent depuis longtemps que le fruit, enfin arrivé à maturité, leur tombe entre les mains.
Pas si imprévisible, après tout, ce Hamid Karzaï. Sinon pour l'Amérique.
« J'ai dit à Barack Obama qu'il n'est pas possible de normaliser la situation par des moyens militaires comme on s'entête à le faire depuis huit ans. Nous voulons la paix et la sécurité, et je m'engage de toutes mes forces à les rétablir. » Tenu devant des observateurs étrangers, le propos en aurait fait sourire plus d'un. Surtout que son auteur, Hamid Karzaï, vient de remporter la présidentielle la plus biscornue de l'histoire de son pays. Ce qui ne l'empêche pas, au contraire, d'accuser les Occidentaux d'avoir procédé à des manipulations pour en truquer les résultats, citant nommément l'Américain Peter Galbraith et le général français Philippe Morillon, représentant l'un...
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