Dans le monde du spectacle, le rappel est l'expression d'une grande satisfaction, d'un grand bonheur. On rappelle les comédiens, les musiciens, les magiciens... Le rappel est un moment en suspension entre l'émotion et la peur du vide une fois le rideau tombé.
Dans le secteur de l'industrie, le rappel est aussi un grand moment d'émotion. En suspension. Entre l'aveu pénible de l'énorme boulette et la tentation de l'hara-kiri.
Cette tentation a, ces derniers mois, probablement effleuré un certain nombre de patrons dans le secteur auto. Toyota : près de 9 millions de véhicules rappelés pour un problème d'accélération incontrôlée. Du temps où le cœur de l'auto battait encore en mode mécanique, du temps où une ceinture et un bout de lacet pouvaient suffire à relancer la guimbarde, l'affaire aurait été réglée en deux temps trois mouvements. À l'ère de l'électronique, c'est à la NASA qu'on fait appel pour comprendre pourquoi, alors qu'on roulait peinard sur la voie de droite, le break Corolla a subitement eu des ambitions de Lamborghini lâchée sur un circuit fermé.
Pendant ce temps, chez Honda, on rappelle pour cause de pédale de frein neurasthénique. Ce qui, au final, risque de produire le même résultat qu'avec une Toyota emballée : l'emplâtrage.
Chez General Motors, on rappelle aussi, car la fourgonnette zozote de l'alternateur. Renseignement pris, l'alternateur est une machine tournante qui vise à transformer une énergie mécanique en énergie électrique alternative. Une dynamo de vélo, en quelque sorte, mais en plus gros. Et assurément en plus louche, car le constructeur oublieux conseille aux propriétaires de ses fourgonnettes rien moins que « de les garer dehors, à distance d'immeubles ou d'autres véhicules, et, si possible, de débrancher les deux câbles de leur batterie ». Ce qui réduit les options du propriétaire floué à une simple alternative : larguer la bête au milieu d'un terrain vague ou l'envoyer dormir avec les poissons. Entre-temps, GM travaille dur à « trouver une procédure de réparation ». Ben tiens donc.
Au niveau français, le dernier rappel en date ne concernait qu'une seule voiture. Une Peugeot 607, modèle « de fonction » car accessoirisé d'une escorte de trois flics. Ce rappel n'était pas lancé par le constructeur, mais par un ministre français, Brice Hortefeux, employé et néanmoins ami de Nicolas Sarkozy. Selon la presse, le véhicule ne présentait aucun défaut... Contrairement à sa conductrice, une certaine Rachida Dati, dont les pistons présidentiels seraient sévèrement encrassés.
Cette semaine, le phénomène du rappel a débordé les frontières du monde automobile pour atteindre celui de la prothèse. Mammaire en l'occurrence. Mardi, en France et aux États-Unis, les agences sanitaires ont rappelé les implants de la société Pip qui présentent une fâcheuse tendance à la rupture. Pour l'instant, les Françaises gonflées semblent prendre la chose avec calme. Dans certains pays, un en particulier dont on dit que l'on peut y skier le matin et y nager l'après-midi - ou l'inverse si l'on est franchement masochiste -, un pays où l'on ne sait plus à quel sein se vouer, l'affaire aurait sans nul doute relevé de la catastrophe nationale.
Et puis, il y a ces choses que l'on aurait tant aimé pouvoir rappeler. À l'instar de ce sonar français dernier cri dont le test, organisé dans les eaux profondes de l'Atlantique, a lamentablement échoué. « Captas » - un engin à quatre millions de dollars tout de même - est un sonar « technologiquement sensible » appelé à équiper la toute dernière génération de navires de guerre européens et à faire trembler les sous-mariniers russes. Ce sonar, la France aurait vraiment aimé pouvoir le rappeler. Le problème, c'est qu'elle l'a perdu.


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