Sportive, Aimée Kattaneh a fondé, en 1943, le Club libanais de ski avec sa sœur Andrée Kasho, Maurice Tabet et Mounir Itani. Après le décès de son époux, elle crée la Fondation Charles Kettaneh pour venir en aide aux différentes institutions sociales, culturelles et éducatives.
Elle laisse deux ouvrages, Balades, un récit de ses voyages avec son époux et ses amis ; Le chemin de Baalbeck, un livre de « souvenirs et rencontres, qui évoque le Liban d'avant toutes les guerres où Camille Chamoun recevait Cocteau, Béjart, Munch, Karajan ou Jean-Louis Barrault entre les colonnes pâles de l'ancienne cité », écrit Daniel Rondeau à l'époque, et un livre plus intime, destiné à ses petits-enfants et intitulé Tati aimée raconte. Elle avait bien des choses à raconter, cette femme curieuse de tout.
« Lorsqu'à l'étranger on évoquait le Festival de Baalbeck, le nom d'Aimée Kettaneh fusait aussitôt de la bouche de nos interlocuteurs », dit Sara Salem qui, jeune diplômée en théâtre à Paris, a fait un stage à Baalbeck justement. « Elle était à l'écoute des jeunes qu'elle essayait d'aider », dit-elle encore.
Mais qui mieux qu'un proche collaborateur peut parler de celle avec qui il a œuvré des années durant ? Et Wajih Ghoussoub se souvient : « À titre de directeur du Festival international de Baalbeck, j'ai collaboré pendant plus de dix ans avec Aimée Kettaneh, dit-il. Elle a eu le grand mérite de lancer ce festival, de le faire connaître dans les milieux artistiques internationaux et de le placer au rang des grands festivals du monde. Vivant entre Paris et le Liban, voyageant beaucoup, elle a mis ses relations personnelles, nombreuses et de qualité, au service du festival auquel elle consacrait tout son temps. Elle a veillé à lui donner et à lui consacrer une programmation haut de gamme. Seuls les vrais grands artistes étaient choisis et présentés à Baalbeck. Aimée Kettaneh avait une forte personnalité, une immense culture et une curiosité toujours en éveil. C'était une femme d'une grande intelligence. À travers ce que le pays du Cèdre doit au Festival de Baalbeck, Aimée Kettaneh a bien mérité du Liban. Je regrette infiniment sa disparition. »
Et ce témoignage d'un ami de longue date, Charles Brounst, qui, avec Pierre el-Khoury, s'est occupé de sa villa de Yarzé. Il se souviendra toujours des rendez-vous du dimanche : « Pendant 20 ans, nous avons pris le thé ensemble, chez elle, le dimanche après-midi. Et lorsque je partais, en rentrant d'un voyage, elle me disait : "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé." » « C'est ce que je ressens aujourd'hui, dit-il tout simplement, un seul être vous manque... »
Aimée Kettaneh, un roc de Baalbeck, aussi éternelle que les pierres qui l'entourent.

