Nos Lecteurs ont la Parole

Un saut dans l’histoire, signé Caracalla

Par Dr Viviane CHOUÉRY
OLJ
31/03/2010
Au commencement était le mouvement. Une rotation incessante qui a eu pour résultat la création du monde. C'est une action cosmogonique due à une danse continuelle des éléments, une danse cohérente, rythmée et cadencée, sans quoi l'Univers ne serait pas né, ni avec lui les astres et les planètes dont la Terre qui tourne et avec elle l'homme pour se maintenir en vie.
Tout tourne, tout circule, tout est spiral et cyclique et, de ce fait l'énergie créative s'impose.
Et le metteur en scène tourne, poursuivant la chorégraphe qui fait bouger de ses pas subtils, fugitifs et prompts toute une armée en liesse, tonique, conquérant l'espace terrestre et aérien, et voilà qu'un tournoiement se produit dans la vue, dans l'ouïe et dans l'âme de celui qui regarde ; ses sens captifs, leur totalité en action, sans qu'il ne bouge pour autant ; il est comme envoûté, possédé, figé, tellement le big-bang qui explose devant lui est impressionnant.
C'est lui et elle, les deux Caracalla juniors qui produisent cet effet bouleversant sur l'être. Deux génies issus d'un géant, que voulez-vous qu'ils fassent ? Une folie bien entendu, une féerie, une splendeur, et ce n'est pas fini.
Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les étoiles et les astres brillent ? Mais parce que l'architecte du monde, Soleil-Shamash, taquine la beauté incarnée par Astarté-Vénus, astre du jour comme de nuit : la belle fuit le maître absolu et lui n'arrête pas de courir après... Même la nuit, lorsque son rival Sin, la Lune, s'impose, il s'infiltre dans son domaine à la recherche de la désirée, et ainsi tout sur son passage s'illumine de sa brillance et de sa magnificence éclatante. Mais elle ne cède jamais, filant à toute allure, fluide comme une danseuse à la silhouette gracile. Il a beau solliciter l'aurore et le crépuscule ; il a beau tonner, lui Haddad Seigneur des nuées et de la foudre, mais point de repos, elle tourne et tourne dans ses airs étendus et toutes les étoiles filent après elle, étincelantes.
Deux oui, il faut deux pour que tout vibre et se vivifie.
Ces deux se sont rencontrés, sans pourchasse aucune : Abdel Halim et Hunayni, deux obstinés qui n'adulent que la victoire. Puis, viennent Ivan et Alissar, issus de l'authenticité qui circule dans leurs veines, transmise par ceux qui ont véhiculé la joie dans le monde et dans leur nom, Caracalla (cercle de El, dieu des Phéniciens), le sens du cycle, du cercle familial toujours en branle, afin de diffuser la beauté et la culture grandiose, celle de leur patrie.
En quoi diffèrent-ils de Cadmos, d'Europe, d'Alissar et de Hanun dans leur périple et leurs parcours maritimes comme terrestres ?
Dès le commencement, on bâtit en circulaire : les huttes des premières sociétés ainsi que leurs tombes. Mais bien avant, on dessinait les voûtes « à la Sixtine » des grottes où se réfugiaient les artistes des âges préhistoriques, magiciens par excellence, leurs mains manipulant les lourds  pinceaux et d'autres leur balançant les grands flambeaux pour éclairer la surface où allaient se figer les défilés interminables de troupeaux mouvementés, galopant vers d'autres espaces. Ne sont-ils pas des créatures en danse que guettaient les yeux de ces premiers dessinateurs ? Ne s'étaient-ils pas éblouis par leur marche a capella, guidée par le vieux bison ancestral, chef de file ?
Dans les tombes égyptiennes six fois millénaires, on les retrouve, encore une fois, ces peintres voyeurs, car point d'éternité sans danse, sans musique, sans muses, sans bacchantes et sans nymphes ; tous les Livres saints les ont réservées aux bons dans le paradis promis.
Que de belles scènes de danseuses ; elles sont là pour assurer le mouvement perpétuel pour que la vie continue. Et cette fameuse « lyre d'Ur » accompagnée d'autres instruments d'une facture inégalable dont le sort est inconnu aujourd'hui, car les ennemis de la civilisation ont tout lapidé, que faisaient-ils dans les tombes de la Mésopotamie ?  Quelle sorte de démon danseuse s'élançait-elle à leurs sons rythmés ? Ne servaient-ils pas à faire vibrer l'âme des immortels à chaque fois qu'ils sonnaient de leur douce mélodie ?
Et les six colonnes majestueuses de Jupiter héliopolitain de Baalbeck ne se tiennent-elles pas en ligne droite afin d'ébranler le sol de leur dabké virile que Baal Marcad, dieu danseur, leur a appris ?
Au fait, sont-ils des danseurs ou des danseuses ?  
Et ces figures incrustées dans la pierre, peintes sur les vases en céramique ou formées sur les mosaïques des  riches demeures gréco-romaines, que voulaient-elles exprimer ? Que de scènes de banquets, de spectacles et de fêtes qui ornent les collections de tous les musées mondiaux, réalisées jadis pour le seul plaisir des yeux et de l'âme !
Et ces milliers de chevaux en argile enterrés chacun avec son cavalier à côté de lui, dans les tombes royales de Chine, ne leur faut-il pas, à vrai dire, la touche d'un magicien tel que Phidias sculpteur de la cavalcade du Parthénon, sur l'Acropole d'Athènes, afin de les faire bouger ? Que font-ils donc dans cette tombe du roi ? Sont-ils comme les chevaux arabes de Caracalla lorsqu'ils surgissent soudain des multiples dimensions de la scène, s'élançant victorieux vers les spectateurs ? Quel étonnement ils suscitent ! Quelle majesté ! Quel génie ! Fantastique est cette surprise qui tombe comme un cyclone ! Ivan les a mis au galop pour signaler la gloire, cette gloire à jamais maintenue, aussi longtemps qu'elle réside dans l'âme de tous les nobles et de tous ceux qui les admirent.
Et des nobles, il en reste et le roi Zayed ben Sultan en est un ; et des admirateurs, il en reste, et c'est Caracalla qui les multiplie grâce à son savoir-faire artistique et technique.
« Honneur, patience, vérité, bien, courage, foi et sagesse », voilà les sept piliers de l'identité arabe, brune comme le désert sablonneux.
Faut-il un archéologue, bien qu'espion, tel que Laurence d'Arabie pour les rechercher sous les dunes ?
Faut-il se les rappeler ?
Oh, que oui ! N'avons-nous pas grand besoin en cette époque de grande discorde entre nous et nos valeurs ancestrales d'un divin tel que Caracalla qui fait raisonner en nous la conscience endormie sous des tas de hontes ? Et il la réveille si bien, tellement le bruit de la danse de tous les participants humains comme animaux est au vif sur le plateau, lequel, scénique ou cinématographique ? Devinez ou demandez à Ivan, lui seul sait comment concilier les genres.
N'avons-nous pas grand besoin d'un chantre tel que la voix du sage-prophète à la Gebran, qui surgit du fond de la conscience pour que nous nous souvenions que nous étions une grande nation qui a dominé le monde par son savoir et ses principes éternels, dont l'humanité a hérité ?
À quoi  bon  servent notre foi, nos cultes, nos actes, notre vie même, si ce n'est pour rester fidèles à la mémoire de nos aïeux ?
Zayed, lui, ne s'est pas seulement contenté de rêver. Zayed a agi. Son « dream » ne s'est pas évanoui et comme le « dream » qu'a fait jadis Martin Luther King, il s'est effectivement réalisé, car issu d'une gloire enracinée qui n'a de cesse de ranimer ceux qui lui sont fidèles.
Zayed ne rêve pas de liberté, déjà acquise, puisque l'esclavage est de toujours rejeter dans sa doctrine ; c'est une union éternelle entre les frères de la même nation et une prospérité que son rêve vise. Et cela s'est fait ; et voilà que toutes les nations qu'accueillit sa métropole viennent le vénérer. Quoi de plus colossal à lui présenter, de la part de ces hôtes, autre que l'expression fougueuse de leur corps, leurs danses traditionnelles qui les définissent ?
C'est entrer dans la légende même que ce dernier tableau exécuté par ces dizaines de danseurs internationaux dirigés par Alissar, qui sait très bien unifier les pas aussi bien que les âmes. Tout le monde sous son œil de lynx, à la grandeur humaine.
Et bien oui, la danse détermine l'identité, et ce sont ceux qui savent déplacer les gens du spectacle et faire flamboyer les cœurs et la conscience des spectateurs qui ont le mérite de l'enseigner et de la préserver.  
Caracalla danse à pas de géants et il fait danser l'histoire avec lui. Notre mémoire ne mourra jamais, tant le saut qu'il effectue est énorme.  

Dr Viviane CHOUÉRY
Professeur d'art et d'archéologie, UL

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