Des structures de l’époque des croisés et un dallage ottoman dévoilés dans le secteur du port, au nord-ouest du tell phénicien.
Des hypogées creusés dans le rocher et remontant à l'époque romano-byzantine ont été par ailleurs mis au jour dans le secteur Medawar. Ces découvertes, ajoutées à celles faites au cours des dernières années à Rmeil, Gemmayzé, Akkaoui, Mar Mitr, Saint-Nicolas et la rue Ghandour el-Saad, ont apporté un éclairage nouveau sur l'extension de la nécropole romaine. Selon le schéma classique, celle-ci devrait se trouver en dehors de la ville antique et s'étendre des deux côtés de la route romaine, a expliqué M. Assaad Seif, directeur des fouilles à la Direction générale des antiquités (DGA), ajoutant que l'ensemble de ces opérations archéologiques permettent d'ordonner et de croiser quantité d'informations sur la typologie funéraire de la nécropole romaine et sur les modes d'inhumation à cette période de l'histoire.
Du côté de Saïfi, rue Georges Haddad, sur le bien-fonds 1056, qui correspond à un site de mille mètres carrés, les archéologues ont identifié des couches d'occupation byzantine et romaine tardive, comprenant un système de canalisation et une structure d'habitat composée de plusieurs pièces dont une renferme trois squelettes d'âne. L'archéozoologue Yacha Hourani étudie aujourd'hui les causes du décès des équidés pour savoir si elles sont dues à une mort naturelle ou si elles sont liées à l'alimentation des hommes en viande. Car les fouilles entreprises en 2005 dans la parcelle de Joseph Moawad, située à proximité du site actuel, avaient révélé des traces de boucherie, rappelle Assaad Seif, ajoutant toutefois qu'il ne faudrait pas anticiper le résultat des recherches.
D'autre part, le bien-fonds n° 1056 étant situé dans l'alignement de la muraille hellénistique, des investigations sont menées pour savoir si les récupérations (de pierres) recueillies dans une grande fosse ont servi à l'origine à la construction de la muraille. Rien n'est sûr cependant. «Les fouilles viennent de commencer et, à ce stade des travaux, on reste prudent», a encore souligné le responsable de la DGA.
Place Riad el-Solh, les premiers sondages, menés sur un terrain de 7600 m2 (Landmark) au milieu duquel s'élèvera le mégabâtiment de l'architecte français Jean Nouvel, ont abouti à la mise au jour d'un mur mesurant plus de huit mètres de large et six mètres de haut, construit avec de gros blocs de pierres. D'après les sondages, il a une structure tentaculaire allant au-delà du terrain, vers l'est sous le bâtiment du Grand Théâtre, et à l'ouest sous l'Escwa. Sa datation, de la première moitié du Ier siècle après J.-C., correspond à la période de la Pax Romana, une ère de relative tranquillité pendant laquelle l'empire n'a connu ni guerre civile majeure ni invasion. Par conséquent, explique le responsable des fouilles à la DGA, la plupart des villes et des métropoles romaines n'ont pas érigé des murs de fortification. «Nous n'avons aucune mention historique d'une telle construction romaine à Beyrouth, aussi faudrait-il élargir les fouilles pour savoir si cet ouvrage de maçonnerie fait partie d'une muraille ou s'il appartient à un bâtiment... Et dans ce cas, celui-ci doit être d'une grande importance. Nous sommes devant une découverte majeure qui a besoin de plus d'investigations pour qu'elle soit bien comprise dans ses détails d'ordre historico-archéologico-architectural.»
Le site a également livré le fragment (15 cm) d'un buste en marbre portant l'inscription du nom du philosophe grec Isocrate, l'un des dix orateurs attiques et fondateur d'une école de rhétorique célèbre.
Les sondages ont aussi donné accès à un espace d'inhumation byzantin, qui a été réutilisé à l'époque omeyyade (sept tombes datées du VIIe siècle). Des discussions sont actuellement engagées avec les promoteurs pour permettre à la DGA d'étendre ses fouilles afin de résoudre l'énigme du mur et connaître l'extension du cimetière du VIIe siècle.
Parallèlement aux opérations entreprises à la place Riad el-Solh, les archéologues explorent une parcelle située entre le bâtiment d'an-Nahar et le tell archéologique. Le terrain, couvrant une superficie de 1100 m2 et appartenant au groupe CGI, a dévoilé les strates superposées des périodes byzantine, romaine, hellénistique et de l'âge du fer. Au niveau de l'âge du fer s'inscrit en vedette une partie de la route phénicienne qui reliait le tell au port antique. Au niveau byzantin, les spécialistes ont mis au jour des structures d'habitations à deux étages, détruites par un incendie. Les planchers sont pavés de mosaïque. Les charpentes à moitié calcinées et les décombres des étages écroulés sont toujours in-situ. Les lieux n'ont été ni nettoyés ni réoccupés, mais totalement abandonnés après le sinistre.
Le sous-sol de la partie nord-ouest du tell regorge également d'histoire. Lors des travaux d'infrastructure entrepris par Solidere en vue d'aménager une place publique près de la citadelle des croisés, les ouvriers ont découvert des traces de vestiges: un dallage de l'époque ottomane et des murs fortifiés avec des colonnes en boutisse, datant de la période des croisés, sont alors dégagés. Les spécialistes cherchent maintenant à savoir si ces murs, situés au niveau du port ancien, appartiennent aux structures portuaires ou s'ils font partie de la citadelle.

