Cela fait maintenant deux ou trois ans qu'une offensive de charme multilatérale est déployée en direction de la Syrie pour la porter à se dissocier de l'Iran. Mais elle refuse de renoncer à une alliance qu'elle considère comme organique depuis que Hafez el-Assad, père du front de refus, a jugé que seul un État aussi radicalement opposé à l'hégémonie US que la République de Khomeyni pouvait soutenir efficacement ses propres visées de puissance régionale. Au fil des années, la Syrie s'est donc éloignée des Arabes proches des États-Unis, l'Arabie saoudite en tête. Mais nécessité fait loi : d'abord, en tant que régime renversable, Assad fils a eu besoin des Saoudiens, et même des Égyptiens dont il est encore plus éloigné, pour dissuader Bush fils de le traiter comme Saddam. Ce service a été facilement obtenu, car aucun régime de la région ne veut risquer, face à la montée en puissance de l'extrémisme islamiste comme face à une grogne populaire endémique, un éventuel effet boule de neige. C'est d'ailleurs parce qu'il était conscient que Riyad et Le Caire avaient été pratiquement obligés de voler à son secours, dans leur propre intérêt, qu'Assad ne leur a manifesté aucune gratitude. S'il s'est résolu, après les avoir copieusement insultés, à s'ouvrir sur les Saoudiens, c'est pour deux raisons. D'abord, la crise économique, dont la Syrie, disons mal gérée sur ce plan, se ressent plus durement que les autres pays de la région. Ensuite, parce qu'en bonne logique quand on prétend à un rôle reconnu de puissance régionale, il faut au moins commencer par récupérer ses droits territoriaux, c'est-à-dire le Golan. Étant entendu que cela ne peut se faire par des moyens militaires. Assad n'a donc jamais caché qu'il a besoin, dans ce cadre premier, des Américains, donc de l'influence que les Saoudiens peuvent avoir sur eux.
Ancien directeur du département MENA au Quai d'Orsay, Alban de La Mesuzière soutient qu'il est illusoire « d'éloigner la Syrie de l'Iran ». « Leur alliance est profondément stratégique, souligne-t-il. Elle déborde même le cadre politico-économique pour affecter la vie sociale et culturelle de leurs deux peuples. » Il prévoit une ascension marquée de l'Iran, appelé à devenir tôt ou tard, à son avis, une puissance méditerranéenne. À travers, sans doute, la Syrie et le Liban du Hezbollah, comme, à un moindre degré, la Turquie.
Répondant à une question d'une chaîne US sur la ligne de son gouvernement, un analyste syrien a répondu : « On exige de la Syrie qu'elle cesse de se tenir aux côtés du Hamas et du Hezbollah. Mais, pour elle, cet appui est fondamental, car ces deux formations assument une lutte des plus légitimes en faveur de la récupération des territoires ou des droits spoliés par Israël. Puis on enjoint à la Syrie de se séparer de l'Iran. Elle serait disposée à le faire le jour où les Américains couperaient leurs liens avec Israël. »
Sur ce point, le président Bachar el-Assad déclare lui-même : « Nous ne faisons pas partie des États qui tissent des liens provisoires, transitoires et de simples circonstances. Nous sommes mus par des principes et par la défense de nos intérêts. La relation avec l'Iran ne s'est pas forgée à l'occasion d'un processus de paix ou d'une opération de guerre. Elle se fonde sur de nombreux facteurs, qui ne cessent d'ailleurs d'augmenter et de se renforcer. Il n'existe qu'un seul cas de figure permettant d'envisager que nous puissions nous éloigner de l'Iran : que lui-même se range aux côtés d'Israël, tandis que l'Amérique se tiendrait avec les Arabes. Et cela ne peut jamais se produire. »
Le chef de l'État syrien confirme de la sorte que son alliance avec Téhéran constitue la clef de voûte de sa politique régionale. Dont un étage est réservé à de bonnes relations avec son voisin du Nord, la Turquie, qui l'aide dans ses tentatives de récupérer le Golan par la voie diplomatique. Des efforts sont également déployés pour accroître l'influence de la Syrie en Irak. Ce qui lui permettrait de jouer désormais dans la région un rôle déterminant de faiseur de paix ou de guerre. Pour revenir au vieil adage du camp arabe : pas de guerre possible sans l'Égypte, et pas de paix sans la Syrie.
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