« Nous vivons maintenant dans la peur après les (nouveaux) meurtres commis dans la ville, ce qui complique nos déplacements, déclare à l'AFP le porte-parole de la communauté musulmane Hausa, Muhammad Sani Mudi, joint à Jos par téléphone depuis Kano. » « Nous avons perdu 23 membres dans des meurtres gardés secrets au cours des deux dernières semaines tandis que 58 personnes sont toujours portées disparues », poursuit-il. Les victimes, selon ce responsable, sont essentiellement des vendeurs d'eau et de journaux, des motocyclistes et des étudiants. Il affirme que le corps d'un étudiant de 25 ans, Adamu Haruna, a été découvert mardi. « Il a été vu vendredi pour la dernière fois lorsqu'il a quitté sa maison pour se rendre à la mosquée centrale. » « Pendant quatre jours, sa famille l'a cherché partout avant de retrouver son corps à la morgue avec des traces de blessures faites avec des machettes sur tout son corps », a ajouté M. Mudi.
Les tensions sont toujours grandes à Jos après la mort de centaines de personnes - principalement des femmes et des enfants appartenant pour la plupart à des villages chrétiens - tuées par des éleveurs fulani musulmans au cours de deux attaques menées les 7 mars et 17 mars près de Jos, capitale de l'État du Plateau, selon des sources locales.
Les violences dans le centre du Nigeria, à cheval sur les zones musulmanes du nord et chrétiennes et animistes du sud, ont déjà fait des milliers de morts depuis 2001 dans ce pays le plus peuplé d'Afrique avec 150 millions d'habitants.
La dernière vague de massacres apparaît comme une opération de représailles après les violences de janvier, où plus de 300 musulmans ont été tués par des chrétiens dans la région de Jos.
Depuis, la ville de Jos a été divisée selon des lignes ethniques et religieuses, a déclaré un haut responsable de la police de l'État Ikechukwu Aduba. « Il y a des zones où les chrétiens vont entrer et les musulmans vont les tuer, d'autres endroits où des musulmans vont aller et les chrétiens vont les tuer », affirme-t-il.
Un calme précaire a été rétabli à Jos après le déploiement de troupes décidé par le président par intérim, Goodluck Jonathan, après la nouvelle flambée de violences début mars.
Mais un haut responsable de l'État du Plateau, Gregory Yenlong, a reconnu qu'il y avait une vague de « meurtres sauvages » à Jos. « Au cours des deux dernières semaines, au moins 20 personnes ont été tuées dans des actions ciblées. C'est devenu une préoccupation pour le gouvernement car ces meurtres peuvent potentiellement menacer le calme relatif qui a été rétabli », a estimé M. Yenlong, contacté à Jos par téléphone.
« La police sait qu'il y a des meurtres secrets dans la ville mais nous n'avons pas de chiffres. Le commissaire de police a convoqué une réunion avec des responsables religieux et communautaires aujourd'hui en vue de rétablir une paix durable », a déclaré à l'AFP le porte-parole de la police de l'État, Mohammad Lerama.
La présence de « troupes a forcé les parties en guerre à cesser de se battre ouvertement mais l'animosité et le ressentiment réciproque sont toujours très grands », estime un expert en sécurité à Jos, Markus Kefas. Les forces de sécurité, selon lui, patrouillent uniquement dans les grandes rues de la ville.
« Les machettes et autres armes locales qui sont utilisées ne font pas de bruit comme les armes à feu, et n'attirent pas l'attention » des soldats, précise M. Kefas.


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