Plus de deux cents détenus liés à des mouvements islamistes ont quitté hier la prison d'Abou Salim à Tripoli, une libération annoncée la veille par un fils du n° 1 libyen Mouammar Kadhafi. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du programme de réconciliation avec les activistes islamistes, qui ont tué des dizaines de soldats et de policiers dans les années 1990. Parmi les détenus libérés figurent les anciens dirigeants du Groupe de combat islamique libyen (GCIL), mouvement qui a entretenu des liens avec el-Qaëda mais a renoncé cette année à l'extrémisme. Les lourdes grilles de la prison se sont ouvertes pour laisser entrer dans la cour des centaines de proches des détenus libérés. Devant les journalistes invités par les autorités, chacun est rentré chez soi après les retrouvailles, dans les embrassades et les larmes. En juin 1996, un millier de prisonniers avaient été abattus dans la prison d'Abou Salim. Ce massacre reste un sujet très sensible en Libye, même s'il est considéré par certains comme un symbole des erreurs passées dont il faudrait parler ouvertement. Entouré de trois dirigeants du GCIL, Saïf al-Islam Kadhafi avait annoncé mardi lors d'une conférence de presse la libération immédiate de 214 détenus. Abdelhakim Belhadj, émir du GCIL, se tenait à ses côtés entouré de ses adjoints, Sami Assaadi et Khaled Acherif. La réconciliation avec les activistes est devenue un sujet de discorde entre les réformistes et la vieille garde conservatrice. Prenant apparemment le contrepied de la position de son fils, Mouammar Kadhafi a dit en janvier que quelque 300 activistes devraient être maintenus indéfiniment en prison. Au total, 705 prisonniers liés à l'activisme islamiste, dont les 214 détenus relâchés hier, ont maintenant été libérés depuis le début du programme de réconciliation.