Hessa Hilal, la quarantaine et portant le voile intégral (niqab), s'est attiré les foudres des milieux islamistes pour ses poèmes qui critiquent les religieux conservateurs et défendent la mixité. C'est ce qui lui a valu, selon le quotidien saoudien al-Watan, des menaces de mort sur des sites comme « Ana al-Mouslim », qui relaye parfois des messages d'el-Qaëda. L'un des participants à un forum de discussion a même demandé qu'on lui procure son adresse, selon le journal.
« Bien sûr, mon mari, les membres de ma famille et moi-même avons peur, mais je n'ai pas été directement menacée », affirme la poétesse. Hessa, qui n'a pas fait d'études universitaires, affirme vouloir par ses poèmes « combattre l'extrémisme qui est devenu un phénomène inquiétant ». « Il y a quelques années, la société était plus ouverte. Maintenant, tout est devenu plus lourd, certains hommes ne serrent même plus la main aux femmes de leur famille alors qu'ils le faisaient par le passé », en raison de l'influence croissante des islamistes, ajoute-t-elle.
Dans un poème intitulé Le chaos des fatwas (édits religieux), qu'elle a récité lors du concours télévisé, elle clame que « le mal vient de ces fatwas » dont elle a comparé les auteurs à « des monstres portant des ceintures », dans une allusion aux ceintures explosives des kamikazes. Le jury l'a félicitée pour son « courage » et lui a donné 47 points sur 50. La valeur totale des prix du concours est de quatre millions de dollars, alors que le nombre de téléspectateurs de ce programme est estimé à 18 millions, pour la plupart des ressortissants des pays du Golfe, férus de poésie.
Certains ont estimé que la poétesse attaquait notamment le religieux saoudien Abdel Rahman al-Barrak, dont une des fatwas appelle à tuer toute personne encourageant la mixité. Mais Hessa Hilal assure qu'elle ne le visait pas en particulier, tout en affirmant qu'elle était pour la mixité sur les lieux de travail, « car cela est nécessaire pour la vie quotidienne ». « Nous n'entendons plus que le mot "haram" (c'est illicite) et cet extrémisme dangereux n'est plus limité à l'Arabie saoudite ou aux pays du Golfe, il a gagné d'autres pays comme l'Égypte, la Jordanie et la Syrie », dit-elle. Hessa estime toutefois que « l'Arabie saoudite a effectué de grands pas au cours des cinq dernières années » pour améliorer le statut des femmes, « sous l'égide du roi Abdallah ben Abdel Aziz », dont elle a salué « le courage ».
L'Arabie saoudite impose une stricte séparation des sexes et interdit à la femme de travailler, de voyager ou de se marier sans l'autorisation d'un membre masculin de la famille. La femme, qui doit être couverte en public d'un manteau et d'un voile, n'a également pas le droit de conduire. Le royaume a récemment affirmé sa volonté d'améliorer le statut de la femme, et le roi avait nommé pour la première fois une femme au gouvernement l'an dernier.
Wissam KEYROUZ (AFP)

