Nicolas Sarkozy a reçu des poids lourds de la majorité à l’Élysée, dont le Premier ministre François Fillon, pour « faire le point » sur le résultat des élections.Philippe Wojazer/Reuters
Nicolas Sarkozy fait aussi entrer au gouvernement un proche de son ennemi juré à droite, Dominique de Villepin. Le député Georges Tron sera chargé du portefeuille de la Fonction publique, ce qui marque la volonté du président français de rassembler toutes les familles de la droite.
Le Premier ministre François Fillon reste à la tête du gouvernement, dont il devra ajuster la stratégie sans remettre en cause le cap des réformes.
Comme l'avait annoncé la presse, le réaménagement ministériel a surtout consacré l'entrée au gouvernement de représentants de la droite non sarkozyste et le gel de l'ouverture à gauche, comme l'ont demandé des barons de la majorité au Parlement. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est néanmoins dit confiant de rester en poste.
Le second tour des régionales a nettement confirmé le vote sanction à l'égard de M. Sarkozy : la gauche a recueilli 54 % des voix, loin devant la droite à 35,4 %, selon les derniers résultats, tandis que le parti d'extrême droite du Front national enregistrait une remontée avec près de 18 % des voix dans 12 régions.
Le principal collaborateur du président, Claude Guéant, a indiqué que M. Sarkozy était « décidé à entendre » le message des électeurs. Mais ses lieutenants ont prévenu qu'il n'y aurait pas de changement de cap de sa politique : « Les Français n'ont pas dit non aux réformes », a déclaré le patron du parti présidentiel UMP, Xavier Bertrand. Aujourd'hui, le président devra pourtant affronter à nouveau la grogne sociale lors d'une journée nationale de grèves et de manifestations organisée à l'appel de plusieurs syndicats pour protester contre la politique sociale et économique du gouvernement.
La colère gronde également au sein d'une partie de la droite qui réclame une révision des priorités. L'ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a demandé un « vote de confiance » au Parlement sur les réformes. Le leader des députés UMP Jean-François Copé a quant à lui appelé à « revenir aux fondamentaux » de la droite traditionnelle. Le quotidien Le Figaro lui-même, très proche du pouvoir, voit dans le vote de dimanche l'« exaspération de nombreux électeurs de droite qui, pêle-mêle, ne comprennent pas l'ouverture à gauche, la surenchère écologique symbolisée par la taxe carbone, l'empilement de réformes (...) insuffisamment expliquées ». Parmi les dossiers « sensibles » à venir, le quotidien mentionne la réforme des retraites, celle de la justice, qui doit mener à la suppression du juge d'instruction, ou le projet de taxe écologique frappant les émissions de CO2, qui doit en principe entrer en vigueur à l'été.
De leur côté, les socialistes, divisés et dépourvus de tout projet cohérent depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy en 2007, sont relancés. « Jour de gauche », proclame le quotidien Libération. Leur dirigeante, Martine Aubry, trouve aussi dans cette victoire la légitimité qui lui faisait défaut pour incarner une alternative au président de droite qu'elle a appelé hier à « changer de politique ». Elle pourrait prétendre à la candidature socialiste en 2012, avec le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal, qui a triomphé dans sa région de Poitou-Charentes (Ouest).


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