Ces attaques « représentent l'opération la plus agressive dans laquelle la CIA a été impliquée de toute son histoire », a assuré mercredi dans le Washington Post le directeur de la centrale américaine, Leon Panetta. « Ces opérations empêchent sérieusement el-Qaëda de fonctionner », a-t-il ajouté. « Tous nos renseignements concordent : il leur est très difficile de maintenir un système de commandement (...) Nous les avons mis en déroute. »
Sur Internet et lors d'interrogatoires devant des juges occidentaux, des jihadistes ont évoqué la peur que leur inspire cet ennemi invisible et implacable. « Ils peuvent suivre nos mouvements et prendre des photos de jour comme de nuit », avertissait récemment, dans une vidéo mise en ligne, un membre d'el-Qaëda en Irak. Des volontaires occidentaux arrêtés ont confié que les entraînements se faisaient désormais par petits groupes, rarement plus de dix, que les consignes étaient de rester au maximum à l'intérieur et de se méfier de tout le monde, par crainte des espions.
Enlevé et détenu pendant sept mois en Afghanistan et au Pakistan, le journaliste du New York Times David Rohde a raconté « la présence terrifiante des drones ». « Nous pouvions les entendre tourner au-dessus de nos têtes pendant des heures, a-t-il écrit dans le récit de sa captivité. Ce ne sont que des points dans le ciel, mais leurs missiles portent à des kilomètres. Nous savions que nous pouvions être immolés à tout instant. » « Ces raids rendaient les talibans paranoïaques, ajoute-t-il. Ils croyaient qu'un réseau d'indicateurs guidait les missiles. Des civils innocents étaient rassemblés, accusés d'être des espions et exécutés. »
L'expert américain Peter Bergen, qui étudie au sein de la New America Foundation l'impact de la « guerre des drones » (www.newamerica.net/drones), estime « qu'il faut être idiot, si vous êtes un membre d'el-Qaëda, pour rester à attendre dans les zones tribales d'être rattrapé par un missile Hellfire ». « Ces zones sûres ne le sont plus. Nous pouvons raisonnablement penser qu'il y a eu (pour les membres d'el-Qaëda) un mouvement de retour vers les grandes villes », ajoute-t-il, en rappelant que les derniers gros poissons capturés l'ont été à Karachi, la mégapole du sud du Pakistan.
Même s'ils subissent des pertes, les hommes d'el-Qaëda et les talibans pakistanais ont prouvé qu'ils savaient s'adapter. En deux ans et demi, les talibans pakistanais, qui ont fait allégeance à el-Qaëda, ont été à l'origine d'une vague de plus de 360 attentats-suicide et d'attaques commandos qui ont tué plus de 3 100 personnes dans tout le pays. « La campagne des drones a tué un nombre important de chefs et de soldats jihadistes », écrivent Peter Bergen et Katherine Tiedermann dans un rapport de février, intitulé « L'année des drones », « mais ces pertes ont clairement été absorbées ». « Et l'extension de ce programme n'a pas empêché el-Qaëda et ses alliés de continuer à entraîner des recrues occidentales. »
Ainsi l'Afghan vivant aux États-Unis Najibullah Zazi, accusé d'avoir préparé des attentats dans le métro de New York, a été formé à l'été 2008 au maniement des armes et des explosifs, malgré la menace des drones.
Michel MOUTOT (AFP)


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