Les interrogations persistent toutefois sur l'après-Moubarak. « Nous faisons face à plusieurs questions : que se passera-t-il s'il arrive un malheur au président, ou s'il est incapable d'exercer ses prérogatives et de finir son cinquième mandat (qui s'achève en septembre 2011) ? » demande l'analyste Emad Gad, du Centre al-Ahram d'études stratégiques et politiques. « Il y a une inquiétude générale en Égypte et la baisse de la Bourse en est un indice, tout comme il n'y a pas de certitude sur la manière et la forme dont le pouvoir va être transmis. »
La Bourse du Caire avait chuté dimanche et lundi dans un climat marqué par des interrogations sur la santé du président. Elle a toutefois clôturé sur une hausse de 1,77 % hier, après des nouvelles rassurantes sur son état. Dans la matinée, « des informations ont largement circulé sur le marché sur une apparition du président à la télévision dans l'après-midi », contribuant à la reprise, a affirmé Eissa Fathi, un courtier.
Véritable sport national en Égypte, les spéculations sur les scénarios possibles de passation des pouvoirs ont repris de plus belle après l'hospitalisation du président, au pouvoir depuis 29 ans. Comme beaucoup d'analystes, M. Gad ne voit pas Gamal, 46 ans, le fils cadet du président considéré comme son dauphin présumé, lui succéder malgré sa montée en puissance au sein du Parti national démocrate (PND) ces dernières années. « J'écarte le scénario Gamal car les services de sécurité et l'armée savent qu'il y a un mécontentement (généralisé) vis-à-vis d'une succession héréditaire du pouvoir et que l'on parle de plus en plus de la richesse du groupe qui l'entoure et des soupçons de corruption qui pèsent sur des hommes d'affaires » proches de lui, a-t-il dit. M. Gad ne juge pas crédible « la possibilité que le poste de chef des forces armées (qu'occupe le chef de l'État selon la Constitution) aille à un jeune civil qui n'est ni populaire ni expérimenté ».
L'analyste politique Amr Choubaki estime, pour sa part, que M. Moubarak « ne se représentera pas à la présidentielle de 2011 pour des raisons liées à son état de santé et son âge avancé ». Pour lui, le scénario le plus probable porterait au pouvoir quelqu'un venant « de l'intérieur de l'État et sur lequel seraient d'accord l'armée et les services de sécurité ». Il évoque ainsi les noms du chef des renseignements, Omar Souleimane, et du patron de la Ligue arabe, Amr Moussa. M. Choubaki juge en outre que l'ex-chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohammad el-Baradei, est devenu une option sur la scène politique car il jouit d'une « popularité » et d'une « crédibilité » certaines. L'arrivée de M. el-Baradei dans le cercle des présidentiables « a rendu difficile d'envisager Gamal Moubarak », renchérit le politologue Moustapha Kamal al-Sayyed, évoquant « l'expérience et le poids international » de M. el-Baradei.
Mona SALEM (AFP)


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