Certes, mais Internet suscite également la peur. Essentiellement de la part des récipiendaires d'une certaine autorité, quelle qu'elle soit.
Face à la montée des réseaux communautaires, charognards voraces des états d'âme non censurés des internautes et par lesquels la sphère privée se réduit comme peau de chagrin, les autorités françaises ont, par exemple, lancé une campagne à l'intention des jeunes, les mettant en garde contre les risques d'Internet. Une campagne en rimes, comme il se doit, avec titre et sous-titre pour les mal-comprenants. Premier message : « Je publie, je réfléchis. » Second message : « Sur le Web un jour, des traces pour toujours. »
Sous d'autres latitudes, la relation entre le jeune et Internet cause aussi du souci. Notamment aux autorités chinoises, effarées par le niveau de dépendance de sa jeunesse au Net. Un problème à ne pas prendre à la légère si l'on en croit une étude britannique publiée il y a quelques semaines qui liait l'utilisation excessive d'Internet et la dépression. Sans toutefois répondre à la question pourtant essentielle de la poule et de l'œuf, à savoir : est-ce la dépression qui entraîne une dépendance au Net ou le fait d'être un surfeur impénitent et pathologique qui nuit à la santé mentale et sociale ? En un dernier alinéa, l'étude montrait aussi que les hommes sont plus enclins à être accrocs au Net que les femmes. Normal, il y a toujours un peu de vaisselle à faire.
En Chine, le phénomène de la dépendance au Net semble avoir pris des proportions alarmantes. En 2008, une étude, citée par le China Daily, indiquait que 10 % des adolescents chinois, soit 10 millions de jeunes, ne pouvaient réfréner leur envie de Net. Pour traiter leurs enfants dépendants, les parents chinois avaient la possibilité de les envoyer en camp de désintoxication. Pour ces enfants du virtuel, le retour au réel était plutôt rugueux puisque jusqu'à juillet dernier, c'est à coups d'électrochocs qu'on traitait l'affaire. Après quelques scandales, les autorités ont néanmoins décrété que légume pour légume, autant éviter la case voltage. Entre-temps, indiquait le Global Times, un ado de 16 ans avait passé l'arme à gauche, battu par les superviseurs du camp qui, selon le père de la victime, le trouvaient « trop lent ».
Les jeunes ne sont pas les seuls à donner du fil à retordre à Pékin en matière d'Internet. En Chine et dans tout un tas d'autres pays apôtres du « tout le monde en rang et je ne veux pas voir une tête qui dépasse », l'on a recyclé le message français « Je publie, je réfléchis ». Mais, à la différence de la France, les destinataires de ce message en forme d'avertissement ne sont pas des adolescents pubères avides de partager, à un moment « t », des expériences « trop cool » qui ne manqueront pas, au mieux, de les faire rougir à un moment « t+5 ans », au pire de plomber leur carrière à un moment « t+10 ans ». Non, dans les pays à la main de fer sans gant de velours, le message s'adresse à des internautes ayant le mauvais goût de vouloir exprimer une opinion qui ne corresponde pas à celle du pouvoir. Dans ce cas de figure, le message bonus à l'intention des mal-comprenants est plus direct, humide et froid : la taule. Au détour du dernier rapport de Reporters sans frontières, l'on apprend ainsi, entre autres joyeusetés, que le tiercé des « ennemis d'Internet » comprend, dans l'ordre d'arrivée, la Chine, le Vietnam et l'Iran. Globalement, selon RSF, empêcheur de censurer en rond, la liste des pays qui violent la liberté d'expression sur Internet ne cesse de s'allonger. En 2009, une soixantaine de pays étaient concernés par une forme de censure du Web, soit deux fois plus que l'année précédente.
Avec autant d'ennemis, Internet devrait tout de même avoir une petite chance pour le Nobel.


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